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mercredi 22 janvier 2014

De Plovan à Audierne, l'étrange histoire du manoir de Tréménec

Lors du lancement de ce blog, nous annoncions qu'il servirait non seulement à annoncer les activités de l'Association du Patrimoine mais également à mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine matériel de Plovan. Cette publication sur le manoir de Tréménec ouvre une série d'articles sur le patrimoine architectural (visible ou disparu) de la commune.

Battage au manège dans la cour du manoir de Tréménec

À la sortie nord du bourg, sur une route qui porte son nom, on peut apercevoir sur la gauche les bâtiments réhabilités du manoir de Tréménec. Du manoir proprement dit, on ne voit plus que quelques portions de mur partiellement recouvertes par un talus. Pour imaginer ce qu'a été pendant près de 500 ans ce haut-lieu de l'histoire de Plovan, il faut se pencher sur les trop rares images qui en ont conservé le souvenir : une photographie d'une scène de battage au manège dans la cour du manoir et un dessin de Louis Le Guennec, qu'on peut dater l'une et l'autre des années 1920-1930.


Dessin du manoir de Tréménec par Louis Le Guennec


 « Certaines photos anciennes suscitent la mélancolie et l'amertume » comme l'a souligné Serge Duigou lorsqu'il abordait le manoir de Tréménec dans un de ses ouvrages (S. Duigou, Châteaux et manoirs en pays bigouden, éditions Ressac, 1988, p. 19). On ne peut que lui donner raison quand on connaît le sort de ce beau bâtiment. Acquises dans les années 1930 par la famille Le Bec de Kerstéphan, les terres de Tréménec ont été découpées et revendues en plusieurs lots donnant naissance à quatre petites exploitations (celles des familles Plouhinec, Signor, Keravec et Phuez). Le manoir proprement dit a vu sa façade démontée et transportée à Audierne pour y être relevée par M. Marzin, fabricant de dentelles, entre le quai Jacques de Thézac et les Capucins.


Le « manoir de Tréménec » à Audierne
 


Si on retrouve bien l'entrée monumentale et les ouvertures cintrées d'origine, deux caractéristiques de l'architecture classique en vogue au XVIIe siècle, le nouveau bâtiment, baptisé également « manoir de Tréménec » n'a pas l'allure de son prédécesseur. On peut même dire qu'il paraît étriqué avec une façade trop petite pour une telle entrée. Le cadre actuel de l'édifice manque aussi de charme, perdu au milieu de constructions modernes.  
 

Entrée du manoir, avec un tympan triangulaire rappelant le fronton des temples antiques


Las, les Gourcuff n'y retrouveraient pas l'ambitieux bâtiment dont ils avaient lancé la construction au milieu du XVIIe siècle. Un simple coup d’œil à l'unique photographie du manoir (voir ci-dessus) permet de l'envisager : l'entrée devait se placer au milieu de la façade. Il manque l'essentiel de la partie gauche (effondrée ou jamais construite ?). Sur la droite, on devine des pierres d'attente d'une future aile orientale (projetée mais jamais construite ?). Les frustres bâtiments agricoles, côté mer, sont certainement beaucoup plus récents.

Qui sont ces Gourcuff ? Seigneurs de Tréménec dès le début du XVe siècle, ils conservent le manoir jusqu'à la Révolution française. Outre Tréménec, ils possèdent d'autres terres en Plovan, Plomeur, Kerfeunteun et Poullan. On les retrouve lié par mariages à d'illustres familles de la noblesse cornouaillaise : les Tyvarlen, Ploeuc, du Haffond, Talhouët de Brignac ou encore Euzénou de Kersalaün. Les différents nobiliaires indiquent qu'ils portent le titre de seigneur de Tréménec jusqu'à la fin du XVIIIe siècle avant de s'intituler comte puis vicomte de Gourcuff. Portant d'azur à la croix pattée d'argent, chargée en cœur d'un croissant de gueules, c'étaient probablement leurs armes qui étaient peintes sur les prééminences du porche de l'église de Plovan.

Blason de la famille Gourcuff



Prééminences du porche de l'église de Plovan

Manifestation de leurs ambitions et de leur élévation sociale, le manoir semble assez rapidement déserté par ses propriétaires : on les retrouve vivant à Quimper et Quimperlé au cours du XVIIIe siècle. Leur demeure ne reste cependant pas vide. Une autre famille s'y illustre : les Le Pape.

Probablement fermiers des Gourcuff, les Le Pape semblent dominer la petite société paroissiale plovanaise jusqu'à la fin de l'Ancien régime. Michel Le Pape (v. 1694-1754) est lieutenant de la paroisse de Plovan entre 1726 et 1754. Son fils Corentin (1719-1787) lui succède dans cette charge dès 1755 avant de devenir capitaine du guet entre 1765 et 1771 tandis qu'un autre fils, Michel (1734-1774), accède à la prêtrise et devient recteur de Locmaria. À plusieurs reprises (1748, 1757, 1768) le manoir est transformé en lieu d'accueil de marins naufragés et de stockage de biens retrouvés sur la plage après qu'un navire ait sombré devant Plovan. La présence des Le Pape à Tréménec se prolonge à travers les familles Le Goff et Le Berre qui occupent le manoir au début du XIXe siècle mais on sent bien que le lieu a perdu de son prestige d'antan pendant la Révolution.
C'est de cette période que date le plus ancien plan du manoir à notre disposition, extrait du cadastre de 1828. On y retrouve, autour d'une large cour occupée en son centre par un puits, le bâtiment principal au nord, les longères à l'ouest et deux petits bâtiments dont une maison à four à l'est. Au sud de l'ensemble, on peut voir une fontaine avec un lavoir. Dépendant à l'origine du manoir, il existait aussi un moulin à vent, à l'est. 

Extrait de la section C2 de l'ancien cadastre de Plovan

Extrait de la section C1 de l'ancien cadastre de Plovan


Les lieux n'avaient sans doute pas beaucoup évolué lorsque, de passage à Plovan vers 1933, l'historien et journaliste Louis Le Guennec visita Tréménec. Il y a trouvé la matière à un article riche consacré au manoir et à son passé qu'il a accompagné d'un de ses dessins (voir plus haut). Il nous dépeint l'endroit avec un talent certain bien qu'un peu grandiloquent : « À quelques centaines de mètres au nord du bourg de Plovan, sur la droite du chemin de Penhars [sic], le vieux manoir de Tréménec se dresse isolé et austère au milieu d'une plaine nue [...] Dans la cour, bordée de bâtiments anciens est un puits à margelle ronde. Comme toutes les maisons nobles d'autrefois, Tréménec a dû posséder un portail extérieur, un colombier, peut-être une chapelle, certainement un jardin clos, des avenues plantées, un bouquet d'arbres de haute futaie formant écran contre les vents de mer [NDR : tout cela est très incertain]. Mais de ces accessoires qui complétaient la physionomie originale d'une gentilhommière bretonne, il ne subsiste plus le moindre vestige et le vieux logis de granit et de grès gît désorienté parmi les labours, ainsi qu'un vaisseau de haut bord échoué sur la grève. La grève, elle, est tout près de là, et bien que les constructeurs du manoir aient donné à celui-ci la position d'un navire à la cape, qui oppose à l'assaut des vagues son avant effilé, il suffit de sortir la tête d'une des fenêtres de l'étage pour entendre gronder le tonnerre du ressac, pour recevoir en plein visage le violent baiser salin de la brise atlantique, pour découvrir la partie méridionale de l'immense baie d'Audierne, depuis la digue de magnifiques galets de porphyre et de quartz qui sépare de l'océan les marais de Kerguen et de Tronwel [sic] jusqu'à la pointe de Penmarch, estompée dans la brume. 
Sur une côte moins basse, en un pays davantage mouvementé, de lignes plus accusées et plus abruptes, abrité derrière quelque massif de feuillage, Tréménec réaliserait le type de ces castels que l'imagination des romanciers a édifié à des centaines d'exemplaires sur le littoral armoricain – où en réalité ils sont si rares – et choisi pour le théâtre de drames noirs, le réceptacle de lourds secrets de famille, le refuge d'existences sacrifiées ou repentantes. S'il était possible d'interroger et de faire parler ses vieilles pierres, leurs pires souvenirs seraient sans doute ceux des trop nombreux naufrages auxquels le manoir à dû d'assister à sa situation au bord de cette terrible baie, tenue comme un gigantesque filet de pêcheur qu'infléchiraient les courants, mais que maintiendraient ferme à ses extrémités deux poings inébranlables, le Raz et la Torche. »

Après avoir planté pareil décor, il ne manquait plus à notre manoir qu'une vieille légende avec son inévitable souterrain : « La légende raconte que les anciens seigneurs de Tréménec avaient fait creuser un souterrain qui conduisait de leur manoir à l'église paroissiale. D'aucuns prétendent même que ce souterrain se prolongerait jusqu'à la chapelle de Languidou. Un dimanche matin, le châtelain y lâcha le plus crâne des coqs de sa basse-cour. Dans l'église, le recteur de Plovan chantait la grand'messe et en était rendu à la Préface, lorsqu'il se trouva interrompu par un cocorico insolite qui semblait sortir de dessous le maître-autel. Sa surprise fut telle qu'il interrompit le service divin, fit soulever l'une des dalles et descendre dans l'ouverture ainsi révélée son enfant de chœur. Le marmot reparut, tenant un magnifique coq qui se pavana sans vergogne au milieu du chœur en continuant d'insolents cocoricos.
« Eh ! bien, mon gaillard, lui dit le recteur, puisque tu chantes si bien, je vais te mettre en un endroit où tout le monde t'entendra, et où tu pourras t'égosiller à ton aise. »
Et il le planta sur la tige de fer qui surmontait la flèche du clocher. On l'y voit toujours vivant au souffle du large, mais devenu muet. » 
D'où Le Guennec tient-il cette fable charmante ? Peut être de Plovanais rencontrés sur place. On ne peut malheureusement pas lui accorder un grand crédit...! Mais, après tout, qui sait ? Le manoir de Tréménec est encore loin d'avoir livré tous ses secrets.

Mathieu GLAZ

mardi 31 décembre 2013

La géographie de Plovan en quelques clics

En guise d'introduction à l'histoire d'un territoire, quoi de mieux que de se pencher sur quelques cartes actuelles ou plus anciennes. C'est ce que vous pouvez aujourd'hui faire depuis chez vous, en quelques clics !

Carte IGN

Plusieurs acteurs institutionnels ont mis à la disposition du plus grand nombre des versions numérisées de leurs fonds cartographiques. Ils rendent ainsi accessible des documents précieux pour la connaissance de notre commune. En voici une sélection totalement subjective :

1°  une carte de 1815 mise en ligne par la BnF, extraite de la célèbre collection Carte générale de la France établie sous la direction de la dynastie de cartographes Cassini.

le cadastre de 1828 mis en ligne par les archives départementales du Finistère, dit parfois "cadastre napoléonien". Un exemplaire physique est également consultable à la mairie.

Carte d'état-major

le site géoportail propose une série de cartes historiques ou actuelles du plus digne intérêt. On peut y consulter notamment la très belle carte d'état-major conçue au milieu du XIXe siècle.

vendredi 15 novembre 2013

Collecte autour de la Grande guerre

Si vous suivez l'actualité, vous n'avez pas pu échapper au lancement des commémorations marquant le centenaire de la Première guerre mondiale et à l'engouement que cela suscite chez de nombreux Français. Parmi les innombrables initiatives en gestation, l'Association du Patrimoine et la Bibliothèque de Plovan lancent une collecte de documents privés concernant les années 1914 à 1918. 





Si vous possédez chez vous des photographies, des lettres, des objets ou tout autre type de document en lien direct ou indirect avec la guerre, nous serions heureux de pouvoir y accéder et d'en réaliser une copie. L'inventaire de l'ensemble des pièces recueillies pourra servir de base à des expositions et des études ouvertes au grand public d'ici 2018.


Pour plus de renseignements, vous pouvez me contacter ou contacter Mme Goanec de la Bibliothèque municipale.


samedi 9 novembre 2013

Souvenirs d'enfance : Corentin Le Berre et autres histoires

En août 2012, M. Marchand, petit-fils de l'instituteur plovanais Corentin Le Berre, répondait à notre sollicitation en entamant un long travail autour de la personnalité de son grand-père. Après avoir réuni de nombreux documents et consulté plusieurs ouvrages historiques, il s'est lancé dans la rédaction d'un texte d'une vingtaine de pages qu'il a fini par nous confier en avril 2013.


Page de garde et 4e de couverture de Souvenirs d'enfance

Afin de faire connaître Corentin Le Berre au plus grand nombre, nous avons décidé, en accord avec l'auteur, de mettre ce texte en forme et de le diffuser auprès du public. C'est aujourd'hui chose faite ! La plaquette est consultable dans la classe-patrimoine et dans les bibliothèques municipales de Plovan et Tréogat.

Présentation

Ce blog a pour objectif de faire connaître au plus grand nombre le patrimoine et l'histoire de Plovan et de promouvoir les actions de l'Association du Patrimoine de la commune.


Pour en savoir plus sur l'Association cliquez ici