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mardi 5 avril 2016

Les moulins de Plovan

Le vent et l'eau... Bien des siècles avant nos modernes éoliennes et nos hydroliennes expérimentales, les hommes ont su domestiquer l'énergie produite par ces éléments. Moulin à vent comme moulin à eau sont attestés dans l'Histoire plusieurs siècles avant notre ère dans l'Orient ancien. Ils se sont répandus en Europe plusieurs centaines d'années plus tard, marquant entre autres signes le passage de l'Antiquité au Moyen Âge, et ont continué à fonctionner jusqu'à un passé récent. Le charme de ces lieux et le souci de préserver le patrimoine local ont amené quelques passionnés à restaurer ou à édifier des moulins au cours des dernières années. Au plus près de nous, c'est particulièrement vrai dans le Cap-Sizun : du moulin de Tréouzien à celui de Keriolet, en passant par Trouguer, les initiatives n'ont pas manqué et suscitent l'intérêt des touristes comme des locaux, pour qui ces belles mécaniques, autrefois si communes, sont devenues de véritables attractions. Qu'en est-il des moulins à Plovan ? Voici un premier bilan de nos recherches.
 
À Plovan, les moulins ont presque tous disparu et sont pour beaucoup oubliés. Quelques noms de lieux – Moulin-Henri, Meil ar Moan, moulin de Pontalan – ou les souvenirs de certains anciens ont conservé jusqu'à nos jours la trace de leur existence passée. Mais dans la plupart des cas, seuls de vieux actes notariés ou des cartes usées peuvent encore en témoigner.


Extrait de la carte de Cassini (1783)


En l'état de nos recherches, on peut affirmer qu'au moins neuf moulins ont existé sur la commune : deux moulins à eau (Pontalan et Moulin-Henri) et sept moulins à vent (Ty Lan, Kerilis, Crugou, Tréménec, Trébannec, Meil ar Moan et Trusquennec). C'est peu en comparaison des communes limitrophes : sur Pouldreuzic, l'association du patrimoine en a recensé dix-sept ; à Plozévet, on en comptait pas moins de vingt ! À l'inverse, d'après certaines sources, il en aurait existé seulement six à Peumerit (quatre à eau : Moulin Trévan, Moulin Troyon, Moulin Kervignol et Moulins Verts ; deux à vent : Meil Coz, au nord du bourg, et Lespurit Coat) et autant à Plogastel... Ces nombres sont liés en grande partie à la géographie de chaque commune : évidemment, plus elle est étendue, comme Plozévet, plus elle a de chance d'en compter. Mais plus encore, ce nombre est fonction du relief et de l'importance des cours d'eau que recèle chaque territoire. Si Plovan compte plusieurs vallons parcourus par des ruisseaux, alimentant les étangs qui bordent le littoral, elle n'a qu'une seule vallée propice à l'implantation des moulins à eau, celle traversée par la rivière Quido, nous séparant des communes de Tréogat et de Peumerit et qui se jette dans l'étang de Kergalan. Quant aux moulins à vent, énergie qui n'a jamais manqué dans notre commune littorale, ils ont sans l'ombre d'un doute été plus de 7 mais on n'en a pas encore retrouvé la trace...!

Localisation des moulins de Plovan


À l'origine, il est probable que ces moulins dépendaient de petites seigneuries plovanaises dont les sujets avaient obligation d'y faire moudre leurs grains. Le moulin de Pontalan était lié au manoir de Lesnarvor. Les moulins de Tréménec, du Crugou ou de Trébannec, portant des noms de lieux connus pour avoir abrité des manoirs nobles dès le Moyen Âge, présentent peut-être le même cas de figure. Des recherches plus approfondies permettraient certainement de mieux cerner l'histoire de leurs semblables.
 
Nous avons tenté d'identifier pour chacun d'eux, dans la mesure du possible, leur localisation, leur description, leurs propriétaires et leurs exploitants.
 
 
Moulin de Pontalan
 
1° Localisation et description : ce moulin à eau se situe à proximité de la route départementale reliant le bourg de Tréogat à celui de Pouldreuzic, au sud-est du carrefour de Jarnellou.


Extrait de la section A2 du cadastre de 1828



De tous les moulins de Plovan, c'est celui dont le bon fonctionnement a nécessité le plus d'aménagements. Comme on peut le voir sur le plan ci-dessus, le moulin n'est pas placé sur le cours d'eau principal qui passe quelques mètres plus bas. Le volume d'eau et la force fournie par cette seule rivière n'étant sans doute pas suffisants, il est exclusivement alimenté par deux biefs qui se rejoignent en amont de Pontalan, formant deux étangs vraisemblablement d'altitudes différentes, de façon à créer une chute d'eau dont l'écoulement permet d'actionner la roue horizontale placée sous le moulin. L'eau détournée est ensuite relâchée dans le cours d'eau principal qui poursuit son parcours jusqu'au Moulin-Henri et, au-delà, vers l'étang de Kergalan.
Le bief 1, le plus petit, détourne sur environ 650 m. l'eau de la rivière Quido une fois qu'elle a passé les Moulins-Verts, en Peumerit, situés quelques centaines de mètres en amont. Le bief 2, beaucoup plus long, détourne l'eau d'un ruisseau affluent au cours d'eau principal dont le cours normal, après avoir traversé Pouldreuzic, passe sous la route départementale entre Lesnarvor et Papérez, poursuit son chemin jusqu'à Pont-Devet et se jette dans la rivière quelques dizaines de mètres plus loin, en contrebas du moulin de Pontalan. Sur plus d'1 km, le second bief détourne l'eau de ce ruisseau affluent à hauteur de Papérez, serpente entre la départementale et le lit normal du ruisseau, passe sous la route communale Penfrajou-Jarnellou puis sous la route départementale au niveau de Ty-Lan avant d'atteindre le moulin...! Belle prouesse quand on imagine les efforts qu'il fallut fournir pour cette réalisation et pour son entretien, avec l'impérieuse nécessité de respecter une légère pente pour permettre l'écoulement de cette précieuse eau.

Appelé autrefois moulin de Lesnarvor (par exemple dans un acte de 1857), il dépendait sans doute avant la Révolution de cet important manoir situé à 1 km au nord-ouest.

 

Porche et manoir de Lesnarvor (vers 1930-1940)



L'appellation « Pontalan » existe en parallèle de celle de moulin de Lesnarvor et pourrait également être ancienne. Elle connaît quelques variantes : en français, on trouve Pont a Land, Pont-a-lan, Pont Allan ; en breton, on dit « Meil Boulan ». Ce nom indique l'existence d'un pont pour franchir la rivière sur la route de Pouldreuzic à Tréogat. Le terme « lan », qu'il faut peut-être rapprocher du nom de la ferme voisine, « Ty lan », ne signifie pas ici ermitage mais plutôt lande.
Non loin de là, à 460 m. au nord du moulin à eau, existait aussi, au milieu du XIXe siècle, un moulin à vent construit à égale distance de Ty Lan et de Ty Nancien. La carte d'état-major ne laisse pas de place au doute : le moulin de Pontalan et les Moulins-Verts (en Peumerit) sont bien indiqués en fond de vallée et distincts de ce troisième moulin construit sur le plateau, à 46 m. au dessus du niveau de la mer.
 

Extrait de la carte d'état-major (entre 1820 et 1866)


On ignore pour l'instant de qui dépendait ce moulin à vent, qui y travaillait et ce qu'il est devenu. Peut-être était-il employé par les meuniers de Pontalan lorsque l'eau venait à manquer ?

2° Propriétaires et meuniers : pour l'instant, nos informations ne remontent pas au-delà du XIXe siècle. En 1857, le moulin de Pontalan appartient à Jean Baptiste Charles Dodun (1802-1863), marquis de Keroman, propriétaire et officier de la Légion d'honneur résidant à Paris.


Pendant 5 générations, des années 1830 aux années 1960, c'est la famille Thomas-Gentric-Tanguy qui exploite le moulin de Pontalan puis s'en rend propriétaire. Son activité a probablement cessé à la mort d'Alexis Tanguy en 1963. Le moulin appartient toujours à cette famille de nos jours.  

Dates
Meuniers
?
?
1836-1849
 Corentin Thomas, meunier
06/1836
Jean-Marie Guéguen, garçon-meunier
1849-1851
Marie Berrivin, veuve Thomas, meunière
1837 ?-1883
Pierre Gentric, meunier
1850-1851
Corentin Le Bolzer, garçon-meunier
1861
Gorgon Toullec, garçon-meunier
1881-1920
Michel Tanguy (1), meunier
1886-1901
Michel Gentric, meunier, beau-frère de Michel Tanguy (1)
1911-1962
Michel Tanguy (2), meunier
1930 ?-1963
Alexis Tanguy, meunier


Ces 5 générations comprennent : 

1°) Corentin Thomas (né à Lesvez en Plovan le 22 floréal an III / 11 mai 1795 – mort le 16 avril 1849), de Kervouyen, et Marie Berrivin (née à Peumerit le 19 ventôse an VIII / 10 mars 1800 – morte à Pontalan le 1er septembre 1857), de Kerscaven, mariés à Plovan le 14 avril 1815, qui s'établissent et exploitent le moulin dès les années 1830-1840. Ils emploient notamment Jean-Marie Guéguen, garçon meunier âgé de 42 ans, en 1836. Ils sont parents d'au moins 8 enfants, dont Jeanne Thomas, leur fille aînée qui leur succède.

 

2°) Jeanne Thomas (née à Plovan le 12 décembre 1819 – morte à Plovan le 1er avril 1858), qui se marie à Peumerit le 7 mai 1837 avec Pierre Gentric (né à Kerguelmès en Peumerit le 9 juin 1814 – mort au moulin de Pontalan le 1er avril 1883). Ils sont parents d'au moins 10 enfants, dont Pierre Gentric junior (1851-1882) qui devient cultivateur à Ty Lan.
Veuf de Jeanne Thomas en 1858, Pierre Gentric senior épouse en secondes noces Marie Burel (née à Plovan le 22 juin 1836 – morte au moulin de Pontalan le 28 avril 1905), de Kergorentin, de 21 ans sa cadette, qui lui donne 5 autres enfants. C'est l'un des enfants de ce second lit – une nouvelle fois la fille aînée : Marie-Jeanne Gentric – qui reste au moulin.
Dans les années 1850-1860, plusieurs domestiques travaillent comme meuniers chez eux : Corentin Le Bolzer, en 1850-1851 ; René Douguet, en 1856 ; Gorgon Toullec, en 1861-1866.
 
3°) Marie-Jeanne Gentric (née au moulin de Pontalan le 23 octobre 1860 – morte au moulin de Pontalan le 22 décembre 1920) épouse Michel Tanguy (1) (né à Porsgall en Peumerit le 1er février 1851 – mort après 1920). S'ils n'emploient aucun domestique dans les années 1880-1910, ce qui manifeste peut-être un certain déclin de leur activité minotière, ils donnent néanmoins naissance à 14 enfants entre 1879 et 1905. Leur fils aîné Michel Tanguy (2) leur succède.
 
4°) Michel Tanguy (2) (né à Plovan le 12 janvier 1887 – mort au moulin de Pont-Land le 28 mars 1962) et Marie-Louise Cosquer (née à Kergua en Plovan le 10 octobre 1892 – morte à Plovan le 3 août 1957), mariés à Plovan le 27 septembre 1911. Ils sont parents d'Alexis Tanguy (1912-1963), représentant la cinquième et dernière génération de meuniers de cette famille à Pontalan. 
 
 
Moulin Henri
 

 1° Localisation et description : il s'agit d'un moulin à eau situé en amont de l'étang de Kergalan et de Pont-Quido, sur le cours d'eau (appelé la rivière Quido) séparant Plovan et Tréogat.
 

Extrait (1/2) de la section B du cadastre de 1828

 
Sur ces extraits du cadastre, on voit qu'une réserve d'eau a été aménagée en amont du moulin. Un petit canal, que le meunier ouvre ou ferme selon ses besoins à l'aide d'une trappe, permet de faire passer, sous le moulin, l'eau accumulée dans la réserve, actionnant au passage une roue horizontale qui produit l'énergie nécessaire à moudre le grain. La force de l'eau n'étant pas suffisante, le moulin est équipé d'un moteur à pétrole dès les années 1930 (pendant l'Occupation, des habitants de la côte viennent de nuit avec quelques kilos de grain et une bouteille remplie de pétrole pour faire fonctionner le moteur) avant d'être relié au réseau électrique en 1940.
 

Extrait (2/2) de la section B du cadastre de 1828

 
L'existence du moulin est attestée depuis le début du XVIIe siècle mais il est certainement bien plus ancien. Appelé Moulin-Henri ou « Moulin d'Henry » dans les actes notariés, il est connu des anciens plovanais sous le nom de « Meil Heri ». Aucune explication ne s'impose quant à l'origine de ce nom : tout simplement un meunier ou une famille appelés Henri ?

Le moulin d'origine a aujourd'hui disparu. Restauré après avoir vu sa façade s'effondrer en 1976, le bâtiment était en trop mauvais état pour être conservé ; une construction neuve l'a remplacé au début des années 2010.
 

Intérieur du moulin avant les travaux (photo M. et Mme Primot)

 

Mécanisme de la roue encore en place (photo M. et Mme Primot)

 

Mécanismes du moulin démontés (photo M. et Mme Primot)

 
Cette nouvelle construction a conservé un linteau de pierre de l'ancien bâtiment qui porterait la date « 1777 ». Initialement, cet unique bâtiment de forme rectangulaire servait à la fois de moulin, d'habitation et d'abri pour quelques animaux. En 1905, une extension lui a été adjointe au nord, accueillant au rez-de-chaussée les bêtes et, à l'étage, la famille du meunier.

D'une superficie de départ de 60 a. 90 c., la modestie de la propriété a poussé la famille Guéguen, propriétaire du moulin depuis la fin du XIXe siècle, a acquérir quelques parcelles supplémentaires alentour pour diversifier ses activités. Dans les années 1960, parallèlement à leur moulin, Jean et Joséphine Guéguen se lancent dans l'élevage intensif de volailles. Ils font construire un des premiers poulaillers industriels de Plovan. À la mort de Jean Guéguen en 1972, alors également maire de Plovan, le moulin cesse de fonctionner.
 
2° Propriétaires et meuniers : le moulin dépend jusqu'à la Révolution de la seigneurie de Kersaudy, dont le siège est un manoir situé dans la paroisse de Pouldreuzic. En 1767, cette petite seigneurie est associée à celle de Penguilly en Peumerit. Elles appartiennent à une famille noble du Cap-Sizun, les De La Porte. 

Dates
Propriétaires
   1767
Jean Claude de La Porte, seigneur du Bourouguel, et son frère Louis Hyacinthe de La Porte, seigneur de Kerellou.
   1838
Guillaume François Kersaudy et Louise Poulhazan, de Lezanquel en Cléden-Cap-Sizun.
?-1875
Alain Guéguen, de Lesmenguy en Tréogat.
   1875
Jean-Marie Lautrédou et Caroline Le Guellec, de Ty Broc'h en Plovan.
1875-1904
Jean-Marie Guéguen, meunier.
1904-1907
Héritiers de Jean-Marie Guéguen.
1907-1916
Corentin Guéguen, meunier.
1916-1976
Héritiers de Corentin Guéguen.
 
En 1838, le moulin appartient au couple Kersaudy-Poulhazan, de Lezanquel en Cléden-Cap-Sizun. Il est par la suite acquis par Alain Guéguen, de Lesmenguy en Tréogat. Moulin-Henri change plusieurs fois de mains au cours de la seule année 1875 : mis en vente pour 4 000 francs par décision du tribunal civil de Quimper à la demande des héritiers d'Alain Guéguen (15 février 1875), il est acquis par les époux Jean-Marie Lautrédou et Caroline Le Guellec, de Ty Broc'h en Plovan (21 avril 1875) pour être revendu 6 000 francs quelques semaines après à Jean-Marie Guéguen (26 septembre 1875), fils du susdit Alain Guéguen.

Entre 1767 et 1838, une famille Le Goff exploite les lieux en tant que locataires. Yves Le Goff, meunier vivant à Lanouris huella en 1831, est certainement le meunier du Moulin-Henri. En 1838, le moulin change de mains : il est loué par Alain Guéguen, de Lesmenguy en Tréogat, qui en acquiert par la suite le fonds. Entre 1838 et 1874, il semble que Moulin-Henri soit inhabité, les recensements de population des années 1840-1850 n'y signalant personne. Alain Guéguen fait peut-être fonctionner son moulin en continuant à résider à Lesmenguy. Lors de sa succession en 1875, on apprend qu'il est devenu propriétaire des lieux (à une date qui reste à déterminer).

Le moulin retrouve un occupant dès 1874 en la personne de Jean-Marie Guéguen, un des enfants d'Alain, établi sur place comme meunier. Il loue la propriété de Moulin-Henri à ses frères et sœurs avant, l'année suivante, d'en devenir propriétaire. Il épouse Catherine Le Gall, veuve d'André Loussouarn, de Lanouris, en 1877. Ils vivent à Lanouris (1881-1886) avant de retourner s'installer au moulin (avant 1891). Ce couple est à l'origine de la famille Guéguen de Moulin-Henri, qui occupe toujours les lieux.


   Dates
Meuniers
v. 1725-1727
Joseph Bober et Marie Dumoulin ?
v. 1739-1741
Françoise Le Bannec, épouse de Jean Gouletquer ?
   1767

v. 1767-1774
Jean Le Goff, veuf de Jeanne Autret. Enfants mineurs.

Inventaire des biens de Jean Le Goff.
   1831
Yves Le Goff, meunier, marié à Catherine Mével.
1836-1838
Catherine Mével (née vers 1776), veuve d'Yves Le Goff, meunière. En 1836, elle vit avec sa nièce Marie Goff (née vers 1828) et 3 employés :
  • Jacques Gentric (né vers 1786) garçon-meunier.
  • Jean Baloin (né vers 1822), domestique.
  • Marie Madec (né vers 1811), domestique.
?
?  
1875-1904
Jean-Marie Guéguen (1844-1904), époux de Catherine Le Gall, meunier.
En 1886, il a 4 domestiques (dont les 3 enfants du premier mariage de Catherine Le Gall) :
  • Yves Loussouarn, 18 ans,
  • Jean-Marie Loussouarn, 14 ans
  • Marie (Louise?) Loussouarn, 14 ans
  • Marie Jeanne Queneudec, 18 ans.
1904-1914
Corentin Guéguen (1887-1916), époux de Jeanne Colin, meunier. Il est mobilisé en 1914 et meurt en 1916.
1914-1919
Jeanne Colin (1889-1963), veuve Guéguen à partir de 1916, meunière.
1919-1948
Jean-Louis Le Roux (1893-?), second époux de Jeanne Colin, meunier.
1948-1972
Jean Guéguen (1913-1972), époux de Joséphine Bourdon, meunier.

Moulin-Henri a donc vu se succéder 4 générations de meuniers Guéguen, comme locataires puis comme propriétaires-exploitants :
 
1°) Alain Guéguen (né à Peumerit le 29 avril 1816 – mort à Tréogat le 27 novembre 1874) et Jeanne Bonizec (née à Tréogat le 15 novembre 1818 – morte à Lesmenguy le 29 juillet 1869), mariés à Tréogat le 20 octobre 1835, domiciliés à Lesmenguy en 1838-1874.

2°) Jean-Marie Guéguen (né à Tréogat vers 1844 – mort à Moulin-Henri le 22 mars 1904), fils des précédents, meunier célibataire à Moulin Henri entre 1874 et 1877, avant de se marier en juillet 1877 avec Catherine Le Gall (née à Plogastel-Saint-Germain le 11 novembre 1841 – morte à Moulin-Henri le 3 décembre 1915), veuve en premières noces d'André Loussouarn (1841-1876) avec qui elle s'était mariée en 1862 et dont elle avait eu 4 premiers enfants. Le couple Guéguen-Le Gall donne par la suite naissance à 3 autres enfants, dont Corentin Guéguen. 

3°) Corentin Guéguen (né à Plovan le 28 juillet 1878 – mort pour la France des suites de blessures à l'hôpital de Compiègne le 12 mars 1916), meunier et cultivateur, marié en novembre 1907 avec Jeanne Colin (née à Méot en Pouldreuzic le 17 novembre 1889 – morte à Tréogat le 25 novembre 1963).
Veuve de guerre à 27 ans avec 3 jeunes enfants à charge (Pierre Marie, Marie Jeanne et Jean Guéguen), Jeanne Colin se remarie à Plovan le 29 octobre 1919 avec Jean Louis Le Roux (né le 21 juillet 1893 à Tréogat – mort après 1948), qui s'installe comme meunier à Moulin-Henri de 1919 à 1948.  

4°) Jean Guéguen (né à Moulin-Henri le 8 novembre 1913 – mort à Plovan le 18 novembre 1972), meunier et cultivateur, propriétaire à partir de 1948, marié à Plovan le 1er avril 1945 avec Joséphine Bourdon (née à Plovan le 1er décembre 1919 – morte à Plovan le 28 novembre 2001). Il est maire de Plovan entre 1968 et son décès en 1972. À sa mort, le moulin cesse d'être utilisé.

Moulin de Kerilis

1° Localisation et description : aujourd'hui disparu, le moulin à vent de Kerilis était situé entre la ferme du même nom et celle de Lanouris. 
 

Extrait de la section B du cadastre de 1828

  

Montage d'extraits des sections C1 et B du cadastre de 1828



Il est appelé aussi moulin de Kerilis Quideau ou de Languidou.  Son existence est ancienne. Un acte de 1621 évoque à plusieurs reprises un « moullin de Cochen » ou « le sentier menant de Querillis Quideau audict moullin de Cochen ». S'agit-il de l'ancienne appellation du moulin de Kerilis ? À la différence des moulins à eau, il semble en effet courant que les moulins à vent changent de noms en fonction de la ferme dont ils dépendent. Ce moulin à vent a probablement été démoli dans les années 1920, précédant de peu ceux du Crugou et de Tréménec. Venant régulièrement de Tréogat à pied à travers la vallée dans les années 30, une ancienne élève de l'école des sœurs de Plovan, née en 1924, ne se souvient pas d'avoir vu un moulin à vent dans le paysage lorsqu'elle passait les petits ponts de Kerguen ou quand elle se rendait en ballade scolaire dans les ruines de la chapelle.
 
Si on n'a pas trouvé de photo le figurant, on sait qu'une reproduction de l'édifice a été réalisée par Oscar Thomas (1905-1975), le sauveur bien connu des ruines de Languidou, lors de sa captivité au camp de Saumur en 1940. Il a profité de ce temps de repos forcé pour fabriquer 3 maquettes de moulins en bois, en fer et en toile, dont l'une reproduisait celui de Languidou. « L'une d'elles, précise un article du Ouest-Éclair à la veille de Noël 1940, mesure 1 mètre de hauteur ; les deux autres cinquante centimètres. Dans la plus grande, tout a été respecté. C'est le vieux système du moulin : les ailes et la meule tournent. L'un des moulins est destiné à la marraine de l'auteur ; les deux autres pour être mis en vente au profit des prisonniers du camp de Saumur. Mais, comme la vente serait difficile, M. le Sous-Préfet a décidé de faire une tombola pour ces deux moulins. À partir d'hier dimanche, nos concitoyens peuvent admirer ces chefs-d'œuvre à la vitrine de M. Pusseau, rue d'Orléans, tailleur, à Saumur, où l'étalage a reçu une décoration particulière à cet effet. ». On peut supposer que la grande maquette était celle du moulin qu'Oscar Thomas, natif de Plovan, connaissait le mieux, celui de Languidou. On ignore malheureusement ce que ces 3 œuvres sont devenues par la suite. Si jamais la maquette de Languidou existe encore, elle serait le dernier et sans doute l'unique témoignage de l'apparence de ce moulin à vent.


2° Propriétaires et meuniers : sans doute occupé par la famille Stum ou Rozel dans les années 1820, le moulin est exploité dans les années 1830 à 1850 par Étienne Le Coz et Mauricette Stum. Il passe par héritage à une petite-fille de cette dernière et à son mari, Marie-Anne Gadonna et Sébastien (Le) Goff, meuniers en 1856. Il est ensuite probablement vendu à Jean-Marie Thomas (1), cultivateur originaire de Lesvez et installé à Kerilis izella vers 1850, car cette famille emploie des garçons-meuniers dans les années 1860-1870. Le moulin est probablement détruit au début des années 1920 par la quatrième génération de Thomas.

Dates
Meuniers
?
?
1836-1851
Étienne Coz, meunier. Marié à Mauricette Stum.
1856
Sébastien Goff, meunier. Marié à Marie-Anne Gadonna, petite-fille de Mauricette Stum.
1861 ?-1872
Jean-Marie Thomas (1), meunier en 1872.
1861
René Douguet, né vers 1830, garçon-meunier chez Jean-Marie Thomas (ancien domestique du moulin de Pontalan ?).
1872
Daniel Clorennec, né à Lababan vers 1841, domestique meunier chez Mathieu Thomas, fils de Jean-Marie Thomas.
1876
Jean Le Corre, né à Plonéour vers 1856, domestique meunier chez Mathieu Thomas.
1892-1906
Jean-Marie Thomas (2), meunier, fils de Mathieu Thomas.
1921-1922
 Jean-Marie Thomas (3), meunier, fils de Jean-Marie Thomas (2).

 
Les 4 générations de Thomas qui tiennent le moulin entre les années 1850 et les années 1920 se composent de :
 
1°) Jean-Marie Thomas (1) (né à Lesvez le 26 juillet 1820 – mort à Plovan le 31 mai 1887) et Marie Gentric (née à Plovan vers 1823 – morte à Kerilis le 5 octobre 1899), cultivateurs à Kerilis izella en 1851-1861, propriétaire en 1861.

2°) Mathieu Thomas (né à Plovan le 17 octobre 1844 – mort à Languido le 20 janvier 1916), fils des précédents, et Marie-Jeanne Le Brun (née à Plovan le 20 novembre 1843 – morte à Languidou le 15 novembre 1911), son épouse, également installés comme cultivateurs à Kerilis en 1872. Bien qu'on n'ait pas trouvé Mathieu Thomas qualifié directement de meunier, il poursuit bien les activités de son père puisqu'il emploie chez lui plusieurs domestiques meuniers.

3°) Jean-Marie Thomas (2) (né à Plovan le 7 août 1864 – mort à Languido le 16 mars 1922), fils des précédents, meunier à Kerilis/Languidou en 1892-1922, marié à Plovan le 20 mai 1896 avec Marie-Louise Baloin (née à Plovan le 18 mars 1878 – morte à Languido le 25 juin 1963), de Kerluantec.
 
4°) Jean-Marie Thomas (3) (né à Kerillis le 21 janvier 1898 – mort à Plovan le 7 février 1955), meunier à Languido en 1922, marié à Plovan le 21 avril 1921 avec Marguerite Kerouédan (née à Kerguä le 12 juillet 1900 – morte à Languido le 4 novembre 1962). à notre connaissance, il est le dernier membre de cette famille à exercer l'activité de meunier. Ses fils Jean-Marie Thomas (4) (1922-2006) et Georges Thomas (1923-2012) sont demeurés à Plovan.


Moulin du Crugou

1° Localisation et description : ce moulin à vent, aujourd'hui disparu, était autrefois situé non loin de la route allant du bourg de Plovan vers Kerléoguy, au niveau de l'embranchement menant au Crugou. 


Extrait de la section C1 du cadastre de 1828


Signalé dès le XVIIIe siècle, son existence remonte sans doute bien au-delà. Son nom n'a cessé d'évoluer au gré de ses propriétaires : appelé moulin du Crugou sur le cadastre de 1828 (en référence à un ancien lien entre le moulin et ce village ou par rapprochement logique, le moulin étant situé dans un champ appelé « trest ar hrugou » ?), il est dit « Meil-ar-Viny » en 1831 lorsque Mathieu Le Bec, de Viny, le vend à Daniel Thomas, de Lesvez. Il est ensuite dit moulin de Lesvez jusqu'à sa vente en 1921 à Corentin (Le) Bec, de Renongard vihan, qui s'y installe avec sa famille.

Là encore, on n'a pas trouvé de photographie du moulin. Mais on en connaît une description par un curieux concours de circonstances. On a évoqué plus haut les maquettes de moulins réalisées par Oscar Thomas en 1940. L'individu n'en était pas à son coup d'essai puisque dès 1930, alors qu'il était immobilisé pendant plusieurs semaines suite à un accident, Oscar Thomas avait mis ce temps à profit pour réaliser une première maquette de moulin à vent reproduisant le moulin du Crugou (appelé encore moulin de Lesvez).

L'histoire est rapportée par le journal Ouest-Éclair du 23 août 1930 : « L'ingénieux et patient cultivateur se mit au travail, prenant pour modèle le moulin de Lesvéis, situé au bord de la route de Plovan à Penhors. En trois mois, il en fit une reproduction exacte, utilisant le bois, le fer blanc, le papier de verre, jusqu'à l'herbe même qu'au moyen de colle il fixa sur un plateau pour donner l'illusion du gazon. Rien ne manque en effet, à ce petit chef-d'œuvre. Les ailes garnies d'une étoffe en soie font tourner à l'intérieur la petite meule dans un bruit caractéristique analogue à celui d'un vrai moulin. Un escalier monte jusqu'au faîte où un petit entonnoir en bois est disposé pour recevoir le grain. Le toit conique à souhait, est muni de sa longue perche et tourne sur lui-même, au gré du meunier, pour la meilleure utilisation du vent. ». Comme pour ses autres maquettes, on ignore ce que ce travail, exposé en août 1930 dans une vitrine des Grands Magasins Saint-Rémy, rue du Parc à Quimper, est devenu par la suite.
 

2° Propriétaires et meuniers : l'histoire de ce moulin est plus mouvementée que celles de ceux que nous avons vu jusqu'à présent. Il appartient au début du XIXe siècle à Yves Le Goyat et Catherine Hélias, qui le vendent à Mathieu Le Bec et Louise Le Quéffélec, de Viny, le 13 juillet 1824, à charge pour les acquéreurs de payer une rente foncière de 15 francs à Mme veuve de Madec. Mais suivant un acte de 1827, les mécanismes du moulin appartiennent à Daniel Thomas, de Lesvez.
Une nouvelle vente du « moulin à vent du Vény » intervient le 17 avril 1831 : Mathieu Le Bec et ses enfants le cèdent audit Daniel Thomas, de Lesvez. Il va dépendre de cette ferme jusqu'en 1921, les meuniers étant des domestiques employés par la puissante famille Thomas-Voquer puis par la famille Lautridou-Guellec qui loue la ferme à partir des années 1880. 
 

Dates
Meuniers
1836
Jean Durand, meunier, né vers 1799, fils de Marie Durand, marié en 1836. Mort chez Daniel Thomas « son maître » le 5 décembre 1836.
1841
Alain Pouchus, garçon-meunier chez les Thomas, homme marié.
1846
Gorgon Pouchus, garçon-meunier chez les Thomas, né vers 1800, homme marié.
1856
Jacques Morvan, garçon-meunier chez les Thomas, né vers 1828.
1861
Jacques Goyat, garçon-meunier chez les Thomas, né vers 1837, célibataire.  
1870-1872
Tudec Tual, garçon-meunier chez les Thomas-Voquer, né à Plovan vers 1833/1836, fils de Tudec Tual et de Marie Helou. Marié à Jeanne Le Berre avec qui il a un fils : Tudec Tual (né le 29 juillet 1870). Auparavant domicilié à Kergurun (1854). Mort à Feuteun Vero le 25 avril 1879, qualifié de meunier.

Ancien garçon-meunier des Le Pape à Kerguelen vras ?
1881
Jean Le Berre, né en 1860. Marié à Marie-Louise Nicolas, parents de Marie Le Berre, née le 2 novembre 1881.
1901
Alain Kerloch, né en 1881, domestique meunier chez François Guellec.
1906
Prosper Le Douce, né à Plozévet en 1879, domestique meunier chez François Guellec.
1921-1930 ?
Corentin Le Bec, meunier à Kergurun vihan.
 
 
En 1921, Corentin Le Bec (né à Plovan le 25 novembre 1887 – mort à Plovan le 14 mai 1975), de Renongard vihan, acquiert le moulin, la terre et l'habitation qui lui sont liées. Il s'est marié à Plovan le 23 novembre 1913 avec Henriette Marie Louise Bec (née à Kerlivin le 18 octobre 1892 – morte à Plovan le 24 juin 1969), devant Jean-Marie Le Pape, conseiller municipal.
Alors qu'il devait reprendre la ferme de Renongard, la guerre vient bouleverser son avenir. Fait prisonnier pendant la Première Guerre mondiale, il ne retrouve pas la place qui lui était destinée à son retour. Le couple achète alors une terre dépendant de Lesvez en 1921, sur laquelle existe déjà une petite maison. Le lieu s'appelle (ou est baptisé par eux) Kergurun vihan.
 
 

Maison de Corentin Bec. Quelques dizaines de mètres derrière, s'élevait son moulin

 
 
Ils construisent ensuite l'actuelle maison, toujours occupée par une de leur cinq enfants : Maria Bec (née en 1923), encore connue par certains Plovanais comme « Maria ar meilher », surnom qu'elle doit à son père, « Tin ar meilher » (Corentin le meunier). Elle se souvient d'avoir vu le moulin dans son enfance sans pouvoir préciser la date de sa démolition (dans les années 1930 ?). Une fois démoli, les pierres du moulin ont servi dans les bâtiments de leur ferme.
Outre le moulin et une petite exploitation agricole, les (Le) Bec tiennent aussi un commerce. Jean Thomas rapporte dans le bulletin municipal de 2004 que cette maison, dite « Ty Tin ar Meilhar », abrite un débit de boissons, une épicerie, un lieu de courtage de pois (pour l'usine Hénaff) et sert à l'occasion de salle de noces.
 
 
 
Moulin de Tréménec
 
1° Localisation et description : lui aussi aujourd'hui disparu, le moulin à vent de Tréménec se situait entre les fermes de Kerbroc'her, Kervizon et Kerautret. Il dépendait sans doute à l'origine du manoir de Tréménec.
 

Extrait de la section C1 du cadastre de 1828

 
Appelé moulin de Tréménec sur le cadastre de 1828, il dépend avant 1853 de Kervizon. Il passe à cette date sous le contrôle de la famille Gentric du Crugou, devenant alors le « moulin du Crugou ». Encore en activité dans les années 1920, ce moulin de hauteur importante a été démoli par Jean-Louis Le Roux, meunier à Moulin-Henri, dans les années 1930. Lorsqu'il était écolier, Jean Guéguen, de Moulin-Henri, apportait son déjeuner au meunier de Tréménec pendant la pause de midi. Par la suite, les pierres ont été réutilisées à Moulin-Henri et à Kerguideau. La parcelle où était construit le moulin a dépendu de Moulin-Henri jusqu'au remembrement.

2° Propriétaires et meuniers : dans la première moitié du XIXe siècle, le moulin dépend-il encore de Tréménec ? Les recensements de 1836 et 1841 mentionnent le ménage formé par Pierre Nicolas et Marie-Jeanne Garrec, établi dans une importante ferme (avec 6 domestiques dont 1 meunier) mais dont l'emplacement n'est pas précisé. Ils hébergent les garçons-meuniers Pascal Guellec (en 1836) puis Corentin Coïc (en 1841).

Au milieu du XIXe siècle, le moulin appartient à la famille Le Pape de Kervizon. Michel Gentric, cultivateur au Crugou, l'achète en 1853. Les Gentric le conserve pendant 3 générations. En 1902, il est acquis par Corentin Guéguen, de Moulin-Henri. 

Dates
Propriétaires

Avant 1853

Yves Le Pape et Marie Le Goascoz, de Kervizon.

1853-1876

Michel Gentric, du Crugou.

1876-1899

Daniel Gentric, du Crugou.

1899-1902

Jean Gentric, du Crugou.

1902-1916

Corentin Guéguen, de Moulin-Henri.

1916-?

Héritiers de Corentin Guéguen.

 

 Lorsqu'il dépend d'une grande ferme (Kervizon, Crugou), le moulin est confié à des domestiques.
 

Dates
Meuniers

1836

Pascal Guellec, meunier ?

1841

Corentin Coïc, domestique meunier ?

1851

Jean Marie Pape (né vers 1823), meunier, domicilié chez son père Yves Pape à Kervison.

1856

Jean Salaun (né vers 1795), garçon-meunier, domicilié chez Michel Gentric au Crugou

1861

Vincent Neri (né vers 1830), garçon-meunier, homme marié, domicilié chez Michel Gentric au Crugou.

1881

Jean (né vers 1862), meunier, domestique chez Daniel Gentric au Crugou.

1902-1914

Corentin Guéguen (1878-1916), meunier du Moulin-Henri et de Tréménec.

1919-1930 ?

Jean-Louis Le Roux (1893-?), meunier du Moulin-Henri et de Tréménec.



Moulin de Trébannec ?

1° Localisation et description : ce moulin pose une série de problèmes non encore résolus. Bâti à 26 m. au dessus de la mer, ce moulin à vent se situait au bord de la route menant du bourg de Plovan à Penhors, à proximité immédiate de Trébannec huella et du Fouillé. Le nom que nous avons choisi de lui donner n'a pas été relevé comme pour les précédents dans un texte ou sur une carte. Le moulin n'apparaît ni sur la carte de Cassini (1783) ni sur le premier cadastre (1828) mais il figure bien sur la carte d'état-major réalisée avant 1866 (symbolisé par un point rouge entouré d'un cercle de même couleur).
 

Extrait de la carte d'état-major (entre 1820 et 1866)


Son existence semble pourtant attestée dès le XVIIIe siècle : le lieu-dit « Cosmeil Trébannec » – qu'on peut traduire par vieux moulin de Trébannec – est ainsi loué à Vincent Quiniou, de Kergorentin, en 1786. Cette dénomination prouve non seulement l'ancienneté du moulin pour les hommes de la fin du XVIIIe siècle mais elle atteste aussi du lien entre l'édifice et le village de Trébannec, connu pour avoir été une seigneurie et avoir accueilli un manoir dès le Moyen Âge : le manoir de « Treffmabanec Yselaff » est attesté dès le début du XVe siècle.
Il faut peut-être rapprocher l'histoire de ce moulin de celle d'un autre édifice autrement plus ancien, situé 600 m. au sud : le tumulus de Renongard. En 1875, dans un article consacré à ce monument préhistorique, l'archéologue pont-l'abbiste Paul du Chatellier rapporte que « ayant appris qu'un cultivateur de Plovan, pour avoir les pierres nécessaires à la construction d'un moulin, avait fait ouvrir un tumulus situé sur ses propriétés, [il s'y rendit] aussitôt ». Arrivé sur les lieux, il constate que « les deux chambres étaient ouvertes, et, à l'aide de la mine, on avait déjà brisé la table unique qui les recouvrait toutes deux […] je reconnus que l'un des supports de la table, formant la paroi ouest de la chambre principale, portait des signes gravés, et je me mis immédiatement en pourparlers avec le propriétaire pour le lui acheter et le sauver de la destruction qui allait le faire disparaître. Le paysan de notre littoral est très-intéressé et il est rare qu'il résiste à une offre avantageuse, aussi je vins à bout de vaincre sa résistance, quoiqu'il m'eût objecté que cette pierre était destinée à faire les marches de son moulin. ». Louons la morgue évidente de l'auteur qui, pour se donner le beau rôle en narrant la manière dont il a sauvé cette pierre de la barbarie des paysans plovanais, nous livre de précieux renseignements sur un bien mystérieux moulin !



Pierre gravé du tumulus de Renongard qui aurait pu servir à la construction d'un moulin


La proximité de Renongard et de Trébannec huella permet de penser que c'est bien du moulin signalé sur la carte d'état-major dont il est question. Mais s'agissait-il vraiment d'une construction ou plutôt d'une rénovation ? On l'ignore. Si ce pillage amène Du Chatellier à fouiller les lieux où il découvre nombre d'objets et de dalles gravées, les autres pierres préhistoriques ont pu être employées au moulin de Trébannec. Que seraient-elles devenues dans ce cas ? Là encore, mystère. Peut-être que, du côté de Trébannec huella, traînent encore quelques pierres oubliées issues du tumulus...  

2° Propriétaires et meuniers : en rappelant l'usage qui voulait qu'on change la dénomination d'un moulin en fonction de la ferme dont il dépendait, on peut émettre l'hypothèse que ce moulin, après avoir initialement dépendu de Trébannec, soit devenu une dépendance de Kergorentin, puis peut-être de Kerguelen vras et enfin de Pompouillec. Cela expliquerait pourquoi, au XIXe siècle, on rencontre successivement des garçons-meuniers domiciliés chez les Le Pape de Kerguelen vras (1856-1861) puis des meuniers domiciliés à Pompouillec (1872-1881) sans avoir trouvé trace d'autres moulins à vent à proximité de ces fermes.
 
Dates
Meuniers

1856

Isidore Volant, né vers 1822, homme marié, garçon-meunier chez Jean Le Pape à Kerguelen vras.

1861

Tudec Tual, né vers 1842, garçon-meunier chez Jean Le Pape à Kerguelen vras.

1872

Jacques Le Gall, né à Pouldreuzic vers 1844, meunier à Pompouillec

1872-1881

Jean Le Berre, né à Plozévet vers 1850, garçon-meunier chez Jacques Le Gall (1872) puis meunier indépendant (1881) à Pompouillec.

1901

Henri Sergent, né vers 1849, domestique, meunier chez Daniel Le Pape de Pompouillec.
 

Mais cette hypothèse est fragilisée par d'autres renseignements. En 1885, les Le Pape mettent en vente le « moulin de Kerangoff », village situé à quelques mètres du Fouillé. En 1905, c'est un moulin « aux dépendances de Ponpouillec », une autre ferme détenue par la famille Le Pape, qui est mis en vente. Ces 2 ventes concernent-elles un seul et même moulin ? 
S'agit-il du moulin localisé près du Fouillé ou d'un autre édifice ? La parcelle indiquée dans l'annonce concernant le moulin de Kergoff (section E, n° 606), située à l'ouest de Kerguelen vras, tendrait à prouver qu'il s'agit d'un autre moulin mais on n'en a trouvé nulle autre trace pour l'instant. D'autres recherches devraient permettre de le confirmer ou de l'infirmer.
 
 

Extrait du journal Le Finistère en février 1885

 

Extrait du journal Le Citoyen en juin 1905

 
Pour complexifier un peu plus cette histoire, on peut signaler enfin qu'Yves Lautridou (1875-1966), cultivateur à Gronval et figure marquante de la ville communale de son temps (il a été longtemps un des leaders de la droite plovanaise dans les années 1910-1940), est à plusieurs reprises désigné comme meunier : à Kergoff (1914), à Gronval (1920) et au Fouillé (1921). Serait-il alors le dernier meunier de notre mystérieux moulin de Trébannec ?
 
 
 
Meil ar Moan
 
1° Localisation et description : seul le nom de ce lieu, situé au sud-est du bourg, permet de supposer l'existence passée d'un moulin (à vent, compte tenu de son emplacement). Il est clair qu'il s'agit d'un moulin tout à fait distinct de celui de Kerilis. La plus ancienne mention que nous ayons trouvé est celle d'un « moulin Le Moann » dans le recensement de 1872.

2° Propriétaires et meuniers : en 1872, une famille Boissel vit alors dans ce lieu-dit ; elle comprend Noël Boissel, 27 ans, aide-bedeau, Marie-Jeanne Bourdon, 26 ans, sa femme, et leurs 4 enfants mais pas de meunier.
À la même date, Marie-Jeanne Le Moann, veuve Gentric, 72 ans, née à Cléden-Cap-Sizun, vit à Kerstéphan avec Jean Gentric, 47 ans, son fils unique, sa bru Marie-Corentine Le Goff, leurs 3 enfants et 5 domestiques. Faut-il établir un lien entre le nom de cette femme et le nom du moulin ?
En 1901, Jean-Marie Guéguen, auparavant meunier à Moulin-Henri, est domicilié à Meil ar Moan comme meunier, avec son épouse Catherine Gall, leur fils Pierre, 16 ans, et Corentin Guéguen, 65 ans, son frère. Hormis cet exemple, on n'a pas trouvé d'autres meuniers domiciliés à Meil ar Moan.
 
Moulin de Trusquennec
 

1° Localisation et description : ce moulin à vent moderne, bâti en béton, est probablement le dernier à avoir été construit à Plovan. Situé entre Trusquennec et Kergua, il dépendait de la ferme de Lavanet où résidait la famille Le Corre. 
 
 

2° Propriétaires et meuniers : Jean Thomas indique dans le bulletin municipal de 2004 que Jacques (Le) Corre (né à Lavanet le 9 juin 1882 – mort à Trusquennec le 1er août 1962), dit « Jakez Lavanet », en était le meunier dans les années 1950.
Jacques Corre, marié successivement à Marie Le Brun (1886-1914) puis à Rose Goyat (1896-1936), est à la tête d'une famille particulièrement nombreuses : il a eu au moins 15 enfants.

 
 
Moulin du bourg
 
 
1° Localisation et description : dans les années 1920, alors que les moulins à vent commencent à s'effacer du paysage, un moulin à moteur est installé au bourg de Plovan, dans la maison d'Auguste Raphalen. Jean-Louis Le Roux, de Moulin-Henri, le fait désinstaller en 1945.
 
 
2° Propriétaires et meuniers : il faut sans doute faire le lien avec Alain Pogeant (né à Kergalan le 28 février 1888 – mort à Plovan le 22 février 1966), marié à Plovan le 3 février 1924 avec Marie-Corentine Le Berre (née à Meil-Moan le 12 août 1897 – morte à Plovan le 12 juin 1977), signalé à de multiples reprises comme meunier au bourg dans les années 1925-1931. Il devient par la suite marchand de poissons.

 
*
*    *

On le voit bien, l'histoire des moulins de Plovan reste encore largement à écrire, notamment pour les périodes antérieures à la Révolution. Mais si d'autres moulins et d'autres meuniers restent à découvrir, on peut dors-et-déjà dresser quelques constats. Les plus vieux moulins à vent, éléments familiers des paysages plovanais depuis plusieurs siècles, ont disparu avec une rapidité frappante au tournant des années 1920 et 1930, leurs propriétaires ne se contentant pas de cesser de les faire fonctionner mais faisant le choix de les démonter complètement. À tel point que plus un seul n'est debout aujourd'hui, ce qui rend plus ardu d'en retrouver le souvenir. Les moulins à eau, modernisés dès les années 1930, ont quant à eux continué à fonctionner jusque dans les années 1960-1970. L'histoire se poursuit désormais sous une autre forme. En effet, depuis les années 1990, alors que l'on parle de plus en plus d'énergies renouvelables, de nombreuses éoliennes, moulins d'un nouveau genre, sont venues repeupler notre horizon...!

 

Lointaine héritière du moulin du Crugou, l'éolienne de Corn Goarem, installée depuis 2012, produit du courant pour l'éclairage, le chauffage et l'eau chaude

 

Les éoliennes de Plozévet

 
Plusieurs personnes m'ont très aimablement apporté leur aide pour réaliser ce travail :
  • Maria Bec, de Kergurun.
  • Jeannine et Michel Primot, de Moulin-Henri.
  • Thérèse Thomas, de Guerveur.
  • Stéphane Le Goff, de Corn Goarem.
 
Qu'elles en soient remerciées !


Mathieu GLAZ

samedi 19 décembre 2015

Monument aux morts de Plovan : recherches en cours

Dans le cadre d'une recherche en cours, j'ai besoin de renseignements à propos du monument aux morts de Plovan. Quand a-t-il été installé à son emplacement actuel ? Son sculpteur, Jean Vaillant, a-t-il des descendants en mesure de m'apporter des informations supplémentaires ? Une bouteille à la mer dans le vaste océan du web !
 
 
Déplacement et dégâts


Monument aux morts de Plovan dans les années 1920-1930


Sur ces 2 photos, on voit le monument aux morts de Plovan à son emplacement d'origine, dans un angle de l'ancien cimetière. Le nouveau cimetière a été inauguré en 1930 : le monument y a-t-il dès lors été transféré ? On peut en douter en voyant la photo de gauche, qui date sans doute du début des années 1930.
 
La croix de guerre qui surmonte le monument a aujourd'hui perdu ses parties inférieures.
 

Dégâts sur la croix de guerre du monument de Plovan

 
Sur la photo des années 1930, il manque déjà la moitié d'une des 2 épées qui se croisent normalement derrière la croix, comme sur la médaille ci-dessous.
 

Croix de guerre 14-18

 
De quand datent ces dégâts ? Quelles en sont les origines ? Encore des questions sans réponses pour le moment.
 
 
Descendants de Jean Vaillant ?

Le monument a été réalisé par le marbrier Jean Vaillant en 1923-1924. Voici quelques renseignements que j'ai réuni le concernant :
 
Jean François Marie Vaillant est né à Logonna-Daoulas le 14 décembre 1893, fils de François Vaillant, forgeron âgé de 46 ans, et de Marguerite Couchouron, âgée de 40 ans. Le père ne sait pas signer.
En 1914, alors qu'il demeure à Brest où il exerce la profession de granitier, il est mobilisé dans l'infanterie. Sa fiche matricule (classe 1913, bureau de Brest, n° matr. 3067) nous livre une description physique succincte : 1 m. 68, cheveux châtains, yeux bruns, front large, nez gros, visage ovale. Alors qu'il a été ajourné en 1913 et 1914, il est déclaré apte au service le 13 octobre 1914 et incorporé comme soldat de 2e classe au 48e RI. Il devient caporal le 6 juillet 1915 et passe au 19e RI le 29 avril 1916. Son courage lui vaut plusieurs citations à l'ordre du régiment :
"Excellent caporal faisant partie d'une patrouille chargée de vérifier les brèches dans les fils de fer ennemis, est resté sur la plaine à quelques mètres de l'ennemi pour indiquer à la section d'attaque le passage dans les fils de fer, n'est revenu qu'avec les derniers hommes de l'attaque" (27 juin 1916).
"Chargé à Verdun en novembre 1916 du ravitaillement des troupes de première ligne, s'est acquitté de sa mission avec une bravoure, une crânerie et un dévouement au dessus de tout éloge (grièvement blessé au cours de l'un de ces ravitaillements)" (10 décembre 1918).
Suite à ses blessures par des éclats d'obus au bras droit, à la cuisse gauche et à la poitrine à Vaux en novembre 1916 et à une période de convalescence, il est classé dans les services auxiliaires en juillet 1917 où il continue la guerre jusqu'en mars 1919. Il reçoit une pension et la croix de guerre.
Après guerre, il rentre à Brest, au 39, rue Arago. Il épouse Marie Louise Guézennec (née à Plougonven le 20 octobre 1895, fille naturelle de Marie Guézennec, ménagère âgée de 35 ans – morte à Quimper le 9 août 1988). Le mariage a lieu à Morlaix le 10 juin 1919. Il s'installent 8, rue Vis à Quimper où Jean Vaillant tient une marbrerie.
 

Annonce extraite du Citoyen du 25 novembre 1926

 
Plusieurs enfants naissent de leur union :
  • Henri Corentin Vaillant, né à Quimper le 25 juin 1920. Mort à Quimper le 28 mars 1994.
  • Raymond François Vaillant, né à Quimper le 27 novembre 1922. Mort à Quimper le 24 novembre 1973.
  • Marie Thérèse Vaillant, née à Quimper le 18 octobre 1924. Mariée à Quimper le 20 décembre 1958 avec Jean Joseph Gérard. Morte à Nantes le 9 octobre 1980.
  • Jean Vaillant, né à Quimper le 7 mars 1927. Marié à Quimper le 30 août 1951 avec Denise Marie Bargain. Mort à Brest le 12 octobre 1987.
  • Annik Vaillant, née à Quimper le 20 mai 1933. Mariée à Quimper le 3 septembre 1957 avec Alain Louis Marie Jan. Morte à Quimper le 25 janvier 1968.
  • André Vaillant, né à Quimper vers le 22 août 1934.
  • Yvonne Vaillant, née à Quimper vers le 17 décembre 1935.
  • Lucienne Vaillant, née à Quimper vers le 15 décembre 1936.
Jean Vaillant "père" meurt à Quimper le 29 juin 1938. Ses enfants sont adoptés par la Nation en vertu d'un jugement rendu le 8 novembre 1938 par le Tribunal civil de Quimper.
 
Si un descendant de cet artiste malheureusement méconnu lit ces lignes et souhaite compléter ces informations, ou mieux, dispose de papiers et de photos de Jean Vaillant, qu'il n'hésite pas à entrer en contact avec moi, ce serait formidable !

Mathieu Glaz

lundi 30 novembre 2015

Exposition à Plovan

Dans le cadre du centième anniversaire de la fondation de l'école de la Sainte Famille, l'Association du Patrimoine de Plovan vous propose de revisiter son histoire à travers une exposition qui se tient du 29 novembre au 13 décembre 2015 à la salle Ti an Dudi, au bourg de Plovan (à côté de la bibliothèque, près de l'église). Ouverte tous les jours de 15h à 17h. Entrée libre et gratuite. Venez nombreux !
 

 

lundi 20 juillet 2015

Les vitraux de Plovan

À Plovan comme dans presque toutes les petites églises et chapelles des environs, les vitraux anciens ont depuis longtemps disparu. Les premiers, datant certainement du Moyen Âge, portaient à n'en pas douter les armes de quelques seigneurs locaux (Gourcuff ou autres) ayant droit de prééminence sur l'église de Plovan après le duc de Bretagne. Les affres du temps, les intempéries, le vandalisme ou les changements de goût ont eu raison d'eux et vraisemblablement de nombre de leurs remplaçants. Quand on voit les vitraux médiévaux de la cathédrale de Quimper ou, plus près de nous, la maîtresse-vitre de l'église de Lababan, datée de 1573, on pourrait céder à la nostalgie et regretter que leurs équivalents plovanais, œuvres inconnues, soient à jamais disparus. Ce serait peut-être passer à côté des admirables vitraux dont peut s'enorgueillir actuellement l'église paroissiale, que je vous propose de (re)découvrir ici.

I – L'artiste, le commanditaire et le contexte

Les vitraux actuels, dont deux sont datés de 1944, ont été réalisés par le maître-verrier Job Guével. Ce jeune trentenaire a, à cette date, déjà fait ses armes dans quelques églises du département mais semble s'aventurer pour la première (et dernière ?) fois en Pays bigouden. Son nom, Guével, n'était peut-être pas inconnu aux Plovanais consommateurs de vin : les vins Guével et leur fameuse marque « La Grappe fleurie » font alors les belles heures de la commune de Pleyber-Christ, près de Morlaix. Joseph Guével, né le 19 avril 1911 dans cette commune, est le second enfant du couple propriétaire de l'entreprise de boissons. À l'inverse de ses frères, Job n'intègre pas la firme familiale, préférant entrer en 1930 à l'Académie de la Chaumière (école d'art privée fondée à Paris en 1904) puis à l’École Nationale des Beaux-Arts de Paris. Il commence à s'intéresser à l'art du vitrail après sa rencontre avec Léa Hette, issue, nous disent ses biographes, d'une dynastie de souffleurs de verre ayant quitté la Moravie (autrefois en Bohême, aujourd'hui en République tchèque) au XVIe siècle. Le couple que Léa Hette et Job Guével forment à la ville, entre Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) et Pleyber-Christ, travaille aussi de concert dans la production d’œuvres d'art à partir du milieu des années 30.
Établi avec sa famille à Pont-Aven pendant la Seconde Guerre mondiale, Job Guével réalise de nombreux vitraux d'inspiration religieuse pour des églises et chapelles bretonnes. Malgré la guerre et l'Occupation, les années 1940 figurent comme l'une des périodes les plus productives de sa vie artistique. En l'état de nos connaissances – l'ensemble de ses œuvres n'est en effet pas encore recensé et daté –, il travaille essentiellement dans trois secteurs au cours de ces années :
  • le pays de Quimperlé (10 vitraux à Locunolé réalisés entre 1944 et 1948, Mellac en 1943, Moëlan-sur-Mer en 1941, Pont-Aven entre 1943 et 1945, Trégunc en 1948, 1 maîtresse-vitre à Tréméven en 1945).
  • les Monts d'Arrée (Loc-Eguiner-Saint-Thégonnec entre 1936 et 1943, Plounéour-Menez en 1936, Scrignac en 1937).
  • la vallée du Trieux (Plourivo en 1943, Pontrieux en 1946, Saint-Gilles-des-Bois en 1946).
Cherchez l'erreur ! Plovan n'appartient à aucun de ces secteurs, se trouvant isolé dans la géographie des paroisses pour lesquelles a travaillé Job Guével. On peut donc se demander par quel miracle l'artiste a été contacté et est intervenu sur l'église Saint-Gorgon, d'autant plus que son œuvre plovanaise est d'ampleur : 11 vitraux, dont certains de tailles conséquentes. Le contexte dans lequel est passé la commande laisse aussi songeur : si on se fie à la date inscrite sur les vitraux de saint Corentin et de Notre-Dame de Lourdes, cet ensemble a été réalisé en 1944, pendant la Seconde Guerre mondiale. La grande homogénéité que ces deux œuvres présentent avec les autres vitraux de Plovan permet de penser que l'ensemble a été commandé en totalité et réalisé en 1944 puis mis en place dans la foulée.

Quel est alors le commanditaire de cet ensemble de vitraux ? Il s'agit tout simplement du recteur Paul Gouriou, arrivé à Plovan en juin 1941. Avant que des documents d'archives ne viennent nous contredire, nous avions pensé que le recteur Jean-Marie Maréchal, mort en septembre 1941 après avoir passé plus de 30 ans dans la paroisse, marquant son passage par plusieurs réalisations importantes (construction d'une école libre, commande du cantique breton à saint Gorgon et réception d'une partie de ses reliques, commande d'une brochure retraçant l'histoire de la paroisse) était un candidat tout aussi plausible (on ne prête qu'aux riches !), allant jusqu'à imaginer qu'à la fin de sa vie, le vieux prêtre aurait collecté les fonds nécessaires au remplacement des anciens vitraux, une entreprise que son successeur aurait parachevé. Mais il n'en est rien !
 
Un devis des vitraux de l'église de Plovan, daté du 22 février 1944 et conservé aux archives paroissiales, prouve bien que la commande remonte tout au plus à la fin de l'année 1943, plus probablement au début de 1944, donc sous le ministère Gouriou.
 

Entête du devis des vitraux de Plovan ; on y lit "Vitraux d'Art J. Guevel"

 

Né le 12 janvier 1884 à l'école Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle de Lambézellec, dont une de ses trois tantes religieuses est la supérieure et où où son père officie comme jardinier, Paul Joseph Marie Gouriou, fils de Jean Louis Marie Gouriou et de Barbe Biliou (qu'on rencontre parfois nommée Piriou), est le dernier d'une fratrie de sept enfants. Issu d'une famille très croyante – outre ses tantes, une de ses sœurs devient religieuse chez les Filles du Saint-Esprit – il fait ses études primaires à l'école de la Croix-Rouge à Brest puis ses études secondaires au Petit séminaire de Pont-Croix. Il entre ensuite au Grand séminaire (alors situé à Brest) et devient prêtre le 23 juillet 1909, ayant dans l'intervalle rempli ses obligations militaires (il a été incorporé au 19e régiment d'infanterie entre octobre 1905 et septembre 1906). Par la suite, il devient surveillant à Saint-Yves (Quimper) avant d'être envoyé comme vicaire dans plusieurs paroisses finistériennes. Après avoir été en poste à Mellac (septembre 1910-janvier 1913), il est nommé à Irvillac (janvier 1913-février 1920). C'est là que, comme beaucoup d'hommes de sa génération, il apprend que la guerre a éclaté. Mobilisé d'août 1914 à mars 1919, il sert comme fantassin  puis comme soldat-infirmier à partir d'août 1915, notamment à la 11e section d'infirmiers de l'hôpital temporaire d'Héricourt (Haute-Saône) où il reçoit la citation suivante :  « le 20 mars 1916, par son sang-froid et sa présence d'esprit, a évité un grave accident, en prévenant des camarades travaillant à côté de lui, de l'explosion imminente d'une grenade, qui se trouvait dans le paquetage d'un soldat entrant à l'hôpital. A été lui même grièvement blessé. ». Sa fiche matricule précise en effet qu'en 1927 son visage portait d'importantes cicatrices sur la joue droite, entraînant chez lui une légère paralysie faciale. Sa nécrologie précise qu'il a également été fait prisonnier mais sa fiche matricule n'en dit rien. De retour à Irvillac après le conflit, il est placé comme vicaire à Carhaix (février 1920-janvier 1927) et finalement au Faou (janvier 1927-mars 1936).


Paul Gouriou (en soutane) entouré de membres de sa famille (collection particulière)


La première paroisse qu'on lui confie, à l'âge déjà avancé de 52 ans, est Lababan, où il reste cinq ans (mars 1936-juin 1941) avant d'arriver à Plovan, où il va s'établir pendant plus de seize ans (juin 1941-décembre 1957), entre ses 57 et 73 ans. En quittant la paroisse où il aura séjourné le plus longtemps, il exerce quelques temps la charge de chapelain de Kerangoff (décembre 1957-1958), fonction dont il démissionne suite à une opération chirurgicale afin de se retirer dans une maison de repos à Keraudren. Il y meurt le 27 juillet 1974, ses obsèques étant célébrées à Saint-Martin (Brest) par l'abbé R. Riou deux jours plus tard (Semaine religieuse, 1974, p. 331, 348-349).


Pour en revenir aux vitraux, leur commande se justifiait sans doute par le mauvais état des vitres alors en place ou parce que le nouveau recteur les jugeait passées de mode.

 


Vue de l'intérieur de l'église de Plovan (dans les années 1930)

 
Cette vue ancienne de l'église de Plovan ne permet pas de voir à quoi ressemblaient les deux vitraux du chœur avant 1944. Tout juste aperçoit-on, sur celui de gauche, une partie de la frise qui devait entourer la fenêtre ou le vitrail.

Vitrail du chœur avant 1944


Le choix des thèmes des vitraux est vraisemblablement le fruit des échanges nés des propositions du maître-verrier confrontées aux attentes du recteur. Reste à comprendre comment ce duo s'est formé : pourquoi Paul Gouriou fait-il appel à Job Guével ?

On sait que Job Guével a bénéficié de ses amitiés avec de jeunes prêtres de sa génération pour commencer à travailler. Mais Plovan, là encore, n'entre pas dans ce cas de figure, l'artiste ayant 17 ans de moins que Gouriou. Parmi les paroisses où ce dernier officia, seule celle de Mellac reçut des vitraux conçus par Guével, précisément en 1943, quelques mois avant que l'artiste soit retenu pour les vitraux de Plovan. C'est peut-être là l'origine de leur rencontre, bien que deux décennies séparent le passage du vicaire Gouriou à Mellac de l'intervention de Job Guével dans cette église. On peut aussi envisager que le nom de l'artiste verrier ait été soufflé au nouveau recteur de Plovan par sa hiérarchie diocésaine. Les archives paroissiales conservent justement une lettre d'Auguste Cogneau (1868-1952), bras-droit de Monseigneur Duparc comme évêque auxiliaire de Quimper depuis 1933, après avoir été plusieurs années son vicaire général, attestant que cette commande s'est faite sous le haut patronage du successeur de saint Corentin. Datée du 17 mars 1944, elle autorise le recteur à emprunter 50 000 francs « pour garnir les fenêtres de votre église de vitraux » (est-ce à dire qu'il y avait de simples vitres jusque-là ?). Il poursuit : « J'ai mis les maquettes sous les yeux de Monseigneur. Elles peuvent être acceptées. Les sujets sont convenablement traités. ». Et de conclure sur quelques critiques de forme : saint Herbot ne doit pas tenir de chapelet car c'est anachronique ; la coiffure proposée pour sainte Bernadette ne convient pas, un capuchon serait préférable ; et les inscriptions ne ressortent pas assez. Ces remarques ont toutes été suivies d'effet dans les œuvres finales.
 

Auguste Cogneau (au centre, avec un chapeau) se tient derrière Mgr Duparc (en 1938)


Pour financer son programme de renouvellement des vitraux, le recteur Gouriou fait appel à la générosité de ses paroissiens, dont les plus fervents, ceux dont les familles avaient déjà largement contribué à l'édification de l'école de la Sainte-Famille, répondent largement à l'appel de leur pasteur. Largesses qu'il faut d'autant plus souligner que la commande est engagée pendant l'occupation allemande et qu'elle aboutit quelques mois seulement après la fin de la guerre, soit en des temps de difficultés économiques évidentes.


Vitraux
Prix fixés par le verrier
Offrandes versées par les paroissiens
St Gorgon
16 440 fr.

St Corentin
16 440 fr.
8 320 fr. de la famille Thomas du Crugou et de Kerévet
ND de Lourdes
11 150 fr.
12 000 fr. de Marie-Anne Plouhinec, du bourg
St Joseph
7 620 fr.
4 000 fr. de Jean-Marie Hénaff, du bourg
4 000 fr. de Jean-Marie Hénaff, de Lestréguellec
St Michel



18 383 fr.
5 000 fr. de Marie-Jeanne Tanguy-Loc'h, de Pontecroas
St Yves

St Herbot
4 000 fr. de Jean-Louis Le Bec, de Keryouen
St Jean Discalcéat

St Jean-Marie Vianney
6 000 fr. de Mme Daniel, de Lestréguellec
St Antoine de Padoue
?

Esprit saint
?

TOTAL
70 033 fr.
43 320 fr.

Installés durant l'été 1945, les vitraux de Plovan sont bénis à l'occasion du pardon de saint Gorgon, en septembre de la même année, lors d'une messe célébrée par le jeune Père René Thomas (1921-2006), nouvellement ordonné prêtre et natif de la paroisse (cette famille, les Thomas de Kerévet, figure parmi les plus généreux donateurs dans le tableau ci-dessus). On n'est pas parvenu à recueillir de témoignages de leur accueil par les paroissiens. Sans doute n'ont-ils pas soulevé de désapprobation, sombrant rapidement dans l'indifférence générale tant on peut avoir du mal parfois à percevoir la beauté d'un décor par trop familier.



Quelques années plus tard, revenant sur cet événement, le recteur Gouriou écrit : « En 1945, en la St Gorgon, l'abbé René Thomas, seul prêtre de Plovan attaché au diocèse – deux autres, le 1° ordonné en 1924 appartient au diocèse de Tours ; le 2° ordonné en 1933, au clergé haïtien – célèbre sa première grand messe, fête coïncidant avec l'achèvement d'un travail d'artiste : les onze fenêtres de notre église garnies de vitraux dont les couleurs sombres nous invitent au recueillement et peuvent, si vous êtes sensibles aux beautés de l'art, jeter votre âme en extase. ».


Par la suite, Job Guével ne revient pas travailler dans cette partie du Finistère. En 1947, trois ans après son passage à Plovan, il fait bâtir à Pont-Aven une maison-atelier derrière le square Botrel, décorée de hautes verrières. Tout en continuant à travailler essentiellement pour des édifices religieux, le maître-verrier fait évoluer sa technique au cours des années 1950, abandonnant les représentations classiques pour des figures plus modernes, comme l'illustre à merveille les superbes vitraux de l'église de Nizon (commune de Pont-Aven) réalisés en 1953-1954.
 

Couronnement de la Vierge-Marie par Job Guével (maîtresse-vitre de l'église de Nizon, vers 1954)

 
Yves Pot, spécialiste de l'œuvre de Guével, écrit à ce propos que « l'évolution de l'artiste [va] vers une complexification des scènes comme à Pont-Aven et surtout vers une création de ses propres plaques de verre, épaisses parfois jusqu'à 6 cm., les dalles de verre éclatées sur leurs bords pour mieux ''sculpter la lumière'' ». Dans les années 1970, installé désormais à L’Haÿ-les-Roses, Job Guével modifie encore plus radicalement son travail en abandonnant l'iconographie pour se consacrer uniquement aux couleurs. Cette démarche est couronnée en 1979 lorsqu'il reçoit le premier prix en vitrail moderne à Phœnix (Arizona, États-Unis).



Job Guével (1911-2000) dans les années 1980


Job Guével meurt en 2000, laissant derrière lui quelques 300 vitraux, pour la plupart visibles dans des édifices religieux mais aussi dans l'entreprise familiale (aujourd'hui démolie) et chez des particuliers. Aujourd'hui, quinze ans après la disparition de l'artiste, la reconnaissance de son œuvre, déjà remarquée par les spécialistes, ne cesse de croître auprès du grand public. Son fils, Michel Guével, qui a suivi les traces de ses parents en devenant lui aussi maître-verrier, s'emploie depuis quelques années à mieux faire connaître l’œuvre paternelle en donnant des conférences (à Pleyber-Christ en 2013, à Pont-Aven en 2014). La municipalité de Pont-Aven a cru bon de lui rendre hommage en baptisant un rond-point « Job Guével » et en y plaçant trois de ses œuvres.
 

Rond-point Job Guével à Pont-Aven

 

 

II – Plovan, un ensemble de vitraux remarquable

 
L'église de Plovan abrite onze vitraux figuratifs, c'est-à-dire représentant tous un personnage ou un animal,  de Job Guével. À notre connaissance, c'est, par le nombre, l'un des plus important groupe de vitraux réalisé par cet artiste. Le plan ci-dessous indique leurs emplacements, numérotés de 1 à 11, faisant le lien avec les images et les descriptions placées à la suite.
 


Emplacements des vitraux de l'église de Plovan


 

(1) St Gorgon


Saint Gorgon est un soldat gréco-romain mort en martyr au début du IVe siècle, probablement introduit comme patron de la paroisse de Plovan au XVIIe siècle.

Sur un fond à dominantes rouge et verte, l'artiste a choisi de le représenter ici en pied sous les traits d'un guerrier mi-celte, mi-romain : si ce n'est le casque, le manteau militaire et la jupe courte, le Gorgon de Guével a en effet des allures de guerrier gaulois ou breton (une moustache, des braies entourées de bandelettes, une épée médiévale formant une croix). Cette bretonnisation est accentuée par les dix hermines qui bordent le saint. Aucun élément ne vient rappeler son martyre, c'est-à-dire le supplice qu'il a enduré pour défendre sa foi chrétienne.

(2) St Korantin


Saint Corentin, patron de Quimper, est selon la tradition le premier évêque de Cornouaille au VIe siècle et l'un des sept saints prétendus fondateurs de Bretagne.

Sur un fond rouge et vert, notre Corentin est également représenté en pied, présentant les attributs d'un évêque : la mitre ornée d'une petite croix (qu'on retrouve dans le décor de part et d'autre de sa tête, comme sur le vitrail de saint Gorgon) et la crosse, calée sous son bras droit. Le regard porté vers les cieux, vêtu d'une chasuble jaune et verte, couvrant une aube jaune or et une étole rouge, le saint nous présente une truite, faisant écho à une légende bien connue dans le diocèse de Quimper qui veut que, lorsque Corentin vivait retiré du monde à Plomodiern, Dieu ait pourvu à sa nourriture quotidienne en envoyant un poisson dans la fontaine de l'ermitage. Chaque jour, Corentin coupait une partie du poisson pour se nourrir et rejetait l'autre partie dans la fontaine où l'animal retrouvait immédiatement son intégralité. Recevant un jour la visite du roi Gradlon et de toute sa suite, le saint-ermite parvient de la même manière à sustenter toute la troupe.

Détail du vitrail de Saint Corentin


C'est un des deux vitraux de l'église signé par l'artiste : en bas à droite on lit « J. Guével 1944 ».


(3) St Mikel


Saint Michel archange, personnage biblique, prince de la milice céleste, champion du Bien contre le Mal dans la religion catholique. Il est également honoré dans le judaïsme et l'islam.

Il est représenté jusqu'aux genoux en chevalier terrassant le dragon, symbole du Mal. Vêtu d'une armure dorée, le saint ailé (on voit ses ailes dressées vers les cieux derrière lui) plante sa lance dans la gueule d'un dragon cornu, dont s'échappe une coulée de sang. Les traits fins, presque féminins, du visage de saint Michel rappelle peut-être qu'on ignore le sexe des anges. Il est bordé par huit hermines.

(4) St Erwan


Saint Yves est le patron des gens de justice et de la Bretagne. Né Yves Hélory en 1253 au Minihy, près de Tréguier, dans une petite famille noble, il fait d'importantes études universitaires à Paris et Orléans qui lui permettent non seulement de devenir prêtre mais aussi official (juge ecclésiastique) du diocèse de Tréguier. Faisant preuve d'équité lorsqu'il rend la justice, il manifeste aussi une grande piété. Sans être un des leurs, il est proche des Franciscains et de leur spiritualité. Il se montre ainsi très sensible au sort des pauvres. Mort en 1303, sa réputation vertueuse et les miracles qui s'accomplissent autour de son tombeau amènent l’Église à ouvrir une enquête qui se conclue par sa canonisation en 1347.

Il est représenté ici jusqu'aux genoux, vêtu de la robe noire des magistrats, la tête couverte d'un bonnet et les épaules enveloppées d'un camail rouge bordé d'hermines, tenant de la main gauche une balance et de la droite un parchemin (symbolisant sans doute la loi). Il est entouré de huit hermines.
 

(5) Sant Herbot

Saint Herbot, protecteur des chevaux et des bêtes à cornes, était un saint très populaire auprès des paysans. Vivant, selon la tradition, au VIe siècle, il aurait quitté sa Bretagne insulaire natale pour s'établir comme ermite en Armorique, à Berrien qu'il quitte par la suite pour Loqueffret. Il serait mort à Saint-Herbot où il a fait l'objet d'une vénération toute particulière.
Il est représenté jusqu'aux genoux sous les traits d'un ermite, dans un ample vêtement vert, avec une longue barbe bouclée et un bâton dans la main gauche. Il est encadré de huit hermines.
 

(6) Itron Varia Lourd

 

Littéralement « Dame Marie de Lourdes », c'est-à-dire Notre-Dame de Lourdes. Scène d'apparition de la Vierge-Marie à Bernadette Soubirous dans la grotte de Massabielle à Lourdes en 1858.

On a ici la verrière la plus élaborée (et peut-être la plus belle) de l'église : sept panneaux différents ont été nécessaires pour sa confection. Sainte Bernadette Soubirous (1844-1879), canonisée en 1933, apparaît de dos sur le panneau de gauche, auréolée, à genoux, les mains en prière. La Vierge-Marie, éclatante de lumière, lui fait face sur le panneau de droite, vêtue de façon traditionnelle en blanc et bleu, serrant entre ses mains jointes un grand chapelet blanc. Comme dans la première apparition décrite par sainte Bernadette, la Vierge porte une ceinture bleue et des roses sur les pieds.



Détail du vitrail de Notre-Dame de Lourdes


Après celui de saint Corentin, c'est le second vitrail signé : en bas à gauche, on lit « J. Guével 1944 ».


(7) Sant Josef


Saint Joseph, personnage biblique, époux de Marie et père nourricier de Jésus. Il était charpentier suivant l’Évangile selon Saint Matthieu.

Il est représenté en pied, barbu et vêtu d'une tunique brune. Installé à son établi, un marteau et un ciseau à bois dans les mains, il travaille une pièce de bois. Des copeaux jonchent le sol autour d'une boîte à clous munie d'une poignée. Des planches semblent posées derrière lui sur la gauche. D'après son fils Michel, Joseph Guével (Job en breton) se serait lui-même représenté dans ce vitrail. 
 
 

(8) St Anton a Badou

 
Saint Antoine de Padoue est le patron des marins, des naufragés et des prisonniers ; on l'invoque pour retrouver des objets perdus. Né Fernando Martins de Bulhões à Lisbonne en 1195, dans une famille noble, il devient prêtre et décide de rejoindre les rangs des Franciscains en 1220. C'est là qu'il prend le nom de frère Antoine. Proche de François d'Assises, il se révèle un prédicateur de talent. Il meurt à Padoue en 1231 et est canonisé dès l'année suivante.

Il est représenté à mi-corps, en bure franciscaine, la tête tonsurée, tenant de la main gauche un livre sur lequel est posé l'Enfant Jésus. Leurs regards manifestent la tendresse et l'affection qu'ils ont l'un pour l'autre. Cette manière très classique de représenter ce saint renvoie à un miracle qui se serait déroulé en 1231 : une nuit, ne pouvant dormir, Antoine lit et relit l'Écriture Sainte. Un témoin passant par là aperçoit une vive clarté par la fenêtre de la cellule. Il s'approche et voit Antoine assis au bord de son lit, le grand livre ouvert sur ses genoux. Sur le livre se tient un bambin des plus mignons (l'Enfant Jésus, dont les traits s'inspirent d'un des garçons de l'artiste) qui se pend à son cou et le couvre de baisers comme s'il était son père. Une façon de rappeler l'amour du genre humain et l'importance des saintes écritures dans la vie de saint Antoine de Padoue.

 


(9)  Me o padez en hano an tad hag ar mab hag ar Spered Santel


La légende peut se traduire par : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Cette formule, illustrant une représentation de l'Esprit saint, évoque la Trinité, c'est-à-dire un Dieu unique en trois personnes.
Ce petit vitrail, placé derrière les fonts baptismaux, représente une colombe descendant sur Terre, incarnation de l'Esprit saint. L'oiseau blanc apparaît devant une croix celtique très colorée sur fond bleu.


(10) Sant Yan Diarchen


Littéralement « saint Jean sans sabots » ou « sans souliers », c'est-à-dire Jean Discalceat, ou le Déchaussé, plus connu sous le nom de Santig Du (le petit saint noir). Frère franciscain mort à Quimper en 1349 pendant la Peste noire en venant en aide aux malades. Jamais officiellement canonisé, il est honoré comme saint depuis sa mort par la piété populaire.


Représenté jusqu'aux genoux, il apparaît les yeux clos et les mains jointes sur un fond bleu, dans sa robe brune de Franciscain, encapuchonné, la taille ceinte par une corde dont l'extrémité pend sur la droite.


(11) St Yan Vari Vianney


Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), appelé également le curé d'Ars, paroisse de l'Ain dont il fut le prêtre pendant 41 ans. L'hagiographie le présente comme un homme affable, d'une nature gaie mais menant une vie austère car il voue tout ce qu'il possède aux plus démunis. Sa réputation vertueuse attire à lui, de son vivant, de nombreux pèlerins. On lui attribue des miracles. Au terme d'une enquête de l'Eglise, il est canonisé en 1925, devenant le patron de tous les curés. 

Représenté ici jusqu'aux genoux, saint Jean-Marie Vianney est vêtu d'une aube blanche avec un col noir. Sur ses épaules, il porte une étole violette. Les mains en prière, les yeux portés vers les cieux, son visage marqué par les ans esquisse un sourire.

Signalons pour finir que l'église abrite aussi un petit vitrail plus récent, dénotant franchement avec le reste de l'œuvre de Job Guével, conçu par l'atelier Le Bihan de Quimper.

Vitrail Le Bihan au fond de l'église de Plovan


Ce commentaire des onze vitraux réalisés par Job Guével permet de percevoir la volonté du maître-verrier et/ou du commanditaire d'affirmer, par le biais artistique, l'identité particulière de la paroisse. En s'entourant de ces images, les fidèles (ou tout au moins leur recteur) manifestent leurs croyances aux yeux de Dieu et des hommes : une communauté fière de son patron (saint Gorgon), de ses racines bretonnes (saint Yves) et surtout cornouaillaises (saint Corentin, saint Jean Discalceat), une paroisse à la fois rurale et maritime (saint Herbot, saint Antoine de Padoue), en prise avec la tradition (saint Michel, saint Joseph, la Trinité) mais aussi sensible aux évolutions plus récentes du christianisme (l'Immaculée conception avec Notre-Dame de Lourdes, le curé d'Ars).


III – Un art religieux entre classicisme et modernité

Parlant de Job Guével, Gérard Berthelom, historien amateur établi à Pont-Aven, a écrit que « ce maître-verrier fut un avant-gardiste dans l'art religieux breton en imposant à la cure d'introduire dans l'esthétique des vitraux d'églises – d'un classicisme à bout de souffle – de remarquables touches de modernité en phase avec l'évolution du monde artistique. Une touche Seiz Breur par exemple ». Les vitraux de Plovan illustrent parfaitement ce moment de basculement entre un classicisme encore en vigueur dès lors qu'on aborde l'iconographie religieuse, avec ses codes imposés auxquels n'échappent pas les vitraux plovanais, et une modernité insufflée par Guével dans le choix des couleurs et des décors, donnant parfois à voir ses influences personnelles, pour un résultat propre à faire pâlir d'envie nombre d'églises des alentours, engoncées dans leurs fades vitraux néo-gothiques.
 
L'influence des Seiz Breur, ce courant artistique breton né dans les années 1920, proche de la revue Breiz Atao et qui s'est donné pour but de renouveler l'art breton, notamment en se réappropriant des motifs traditionnels comme l'hermine, le triskel ou le croix celtique, est nettement perceptible dans les vitraux de Plovan.

 

Hermine des Seiz breur à gauche et hermines des vitraux de Plovan à droite


L'hermine à base large avec des pointes en forme de losange, symbole des Seiz breur, apparaît ainsi à 44 reprises dans les vitraux de Plovan.
 

Triskel à gauche et figures du vitrail de saint Joseph rappelant les branches d'un triskel à droite



De nombreuses arabesques pouvant faire penser aux branches d'un triskel apparaissent également dans 9 vitraux, comme ci-dessus celui de saint Joseph. Enfin, troisième symbole d'inspiration bretonne présent à Plovan, Guével a fait figurer, on l'a dit, une croix celtique dans le vitrail n° 9.

Comme le sculpteur René Quillivic, Job Guével semble davantage être un sympathisant de la démarche artistique des Seiz Breur qu'un adepte à leur pensée politique. Nombre des membres de ce courant (Morvan Marchal, Youenn Drezen, René-Yves Creston...) ont en effet collaboré avec les Nazis pendant l'Occupation ou exprimé clairement leurs penchants antisémites, discréditant pour longtemps l'ensemble de leur mouvement. Job Guével n'a rien à voir avec tout cela.

La modernité n'apparaît pas seulement dans le choix de couleurs sombres ou dans les influences artistiques du maître-verrier. Elle apparaît aussi dans la technique qu'il emploie pour réaliser et commercialiser ses œuvres. Sans parler d'une production standardisée, la comparaison des vitraux de Plovan avec les autres œuvres conçues par l'artiste dans les années 1940 montre que, pour un même personnage, il part d'un modèle identique qu'il reproduit ensuite chaque fois que nécessaire, n'introduisant que de petites variantes dans les couleurs ou la gestuelle. La visite des églises de Locunolé, Pontrieux ou Gouarec est très révélatrice de cette façon de procéder.
 

Vitraux de saint Corentin à Plovan et Locunolé (de g. à d.)

  

Vitraux de saint Yves à Locunolé, Plovan et Pontrieux (de g. à d.)




Vitraux de Notre-Dame de Lourdes à Plovan et Locunolé (de g. à d.)


Outre les personnages déclinés quasiment à l'identique d'une église à l'autre, Job Guével reproduit aussi des décors similaires dans quelques vitraux, comme le montre cette photo prise à l'église de Gouarec (Côtes-d'Armor) mise en parallèle avec le vitrail de saint Gorgon à Plovan.

Vitraux de saint Gilles (Jili en breton), à Gouarec, et de saint Gorgon, à Plovan


Dans des teintes différentes (bleues à Gouarec, vertes à Plovan), on retrouve les mêmes hermines formées de losanges, les arabesques et les croix grecques.

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Au terme de cette présentation du travail de Job Guével à Plovan, de nombreuses questions restent à éclaircir : quels étaient les vitraux qui ont immédiatement précédé ceux-ci ? Dans quelles circonstances a-t-on décidé de les remplacer et de faire appel à ce jeune artiste...? Loin d'avoir épuisé le sujet, cet article est davantage un coup de projecteur sur un des petits trésors qu'abrite notre commune et une invitation à venir les découvrir par vous même. Quelle meilleure manière en effet, pour prolonger cette lecture, que de venir à présent voir ou revoir avec un œil averti les vitraux de notre église ou de toutes celles où le maître-verrier a laissé ses œuvres, tant les photos, aussi précises soient-elles, ont souvent du mal à restituer la beauté et le plaisir qu'on peut éprouver à les regarder en vrai.

Mathieu GLAZ


PS : merci aux anonymes qui, dans les différentes églises que j'ai pu visiter, se chargent pendant l'été d'ouvrir au public ces lieux chargés d'histoire. Merci aux employés communaux de Locunolé et de Tréméven pour m'avoir ouvert personnellement les portes de leurs églises. Merci enfin à Marie-Claude pour son aide dans la traduction du breton.

[Texte mis à jour en août 2016].

Sources et webographie

ADF, 1 R 1319, classe 1904, n° 505 (fiche matricule de Paul Gouriou) [cliquez ici].

Anonyme, « Portrait : Monseigneur Cogneau, ancien élève du Likès », publié le 28 octobre 2012 [cliquez ici].

BATHANY-LE GOFF Marielle, « O comme ordination », publié le 17 juin 2016 [cliquez ici].

BERTHELOM Gérard, « Comme dans les années 1955-1985 (suite) » [cliquez ici].

POT Yves, « Quelques précisions autour du maître-verrier Job Guével » [cliquez ici].

Idem, « Liste des communes où Job Guével a travaillé » [cliquez ici].