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lundi 24 avril 2017

Noël Jézéquel, un pionnier de l'histoire de Plovan

Notre association fêtera, en 2017, ses vingt ans d'existence. Deux décennies mise au service de la promotion du patrimoine et de l'histoire locale. Un autre anniversaire, plus triste, est passé inaperçu en mars dernier : il y a 100 ans, disparaissait un des pionniers de l'histoire de Plovan. Noël Jézéquel (1879-1917), vicaire de la paroisse, fut en effet, au début des années 1910, l'un des premiers, si ce n'est le premier, à s'intéresser à l'histoire de notre petit territoire. En son hommage, nous revenons ici sur son parcours et nous diffusons pour la première fois son travail, modeste il est vrai mais précieux pour la mémoire de Plovan.
 
I – Un prêtre léonard lancé sur les traces du passé plovanais

En marge de nos recherches concernant l'école des Sœurs de Plovan, nous avons découvert un curieux cahier glissé dans le journal paroissial tenu par Jean-Marie Maréchal, recteur de Plovan entre 1910 et 1941. Pour comprendre ce qui suit, il faut savoir que les prêtres en charge d'une paroisse devaient autrefois tenir un « registre paroissial » comprenant deux parties :
  • une « partie historique », retraçant l'histoire de leur paroisse depuis les origines, de son clergé et des œuvres qui y sont menées
  • et un « registre journal », répertoriant au fil des semaines ou des mois les principaux événements religieux, les accidents, les phénomènes météorologiques... qui marquent la vie de la paroisse
À cet effet, des registres vierges standards sont fabriqués par l'imprimerie de Kerangal, à Quimper, pour l'ensemble des paroisses du diocèse de Quimper et Léon, à charge pour les recteurs de les compléter manuscritement.
Le cahier qui nous intéresse ici a été arraché dans un de ces registres vierges et glissé dans un autre. Il compte simplement sept pages manuscrites. Deux écritures différentes sont reconnaissables : les six premières pages d'une écriture inconnue ; la dernière de la main du recteur Maréchal.

Page du cahier où l'on passe d'une écriture à l'autre


On peut affirmer, sans trop de risque, que la première écriture est celle d'un prêtre ayant collaboré plusieurs années avec le recteur Maréchal : Noël Jézéquel, vicaire de Plovan entre 1909 et 1914.


Noël Laurent Jézéquel est né à Plouguin, près de Ploudalmézeau, au cœur du Léon, le jour de Noël 1879. Son père, Jean Martin Jézéquel, est alors marin d’État, tandis que sa mère, Françoise Jétain, est ménagère. Noël est l'aîné d'une fratrie comptant deux autres garçons (Auguste et Joseph, nés en 1881 et 1884). La famille vit au bourg communal de Plouguin (1881-1886) avant de s'installer au château de Penmarc'h (1891-1911), en Saint-Frégant, près de Lesneven. Le père de famille, désormais militaire en retraite, y a été embauché comme garde particulier par le général de Montarby, propriété des lieux. Le domaine est acquis en 1922 par la ville de Brest qui y installe une colonie de vacances pour les enfants de familles nécessiteuses.


Château de Penmarc'h en Saint-Frégant, où vivent les Jézéquel


Le parcours de ce prêtre léonard est très classique : après des études au collège de Lesneven, Noël Jézéquel entre au Grand Séminaire de Quimper. L'étudiant ecclésiastique échappe au service militaire en 1900 et 1901 mais pas en 1902. Sa faible santé lui vaut d'être affecté aux services auxiliaires. Ordonné diacre en 1904, il devient prêtre le 25 juillet 1905. Il retourne alors vivre chez ses parents au château de Penmarc'h (présent en avril 1906).

Le 2 février 1909, plus de trois ans après son ordination, il reçoit sa première affectation : vicaire à Plovan, où il vient remplacer Jean-Noël Gloaguen (1871-1909), mort le 29 janvier précédent. Il assiste quelques mois le vieux recteur Carval, qui décède à son tour en décembre 1909. À partir de janvier 1910, il entame une collaboration de près de cinq ans avec le nouveau recteur, Jean-Marie Maréchal.
C'est sans doute sur ordre de ce dernier que Noël Jézéquel est contraint de se pencher sur l'histoire de Plovan, aux environs de 1912. Car si le recteur Maréchal se charge effectivement de tenir le « registre journal », il confie à son vicaire le soin de rédiger la « partie historique ». Pour le guider dans sa tâche, une liste de « sources à consulter » est imprimée au début du registre.

 

 

Consignes du registre paroissial


 
Mais la paroisse de Plovan ne disposant pas, dans les années 1910, d'une bibliothèque suffisamment fournie pour effectuer ces recherches, le vicaire Jézéquel s'adresse à un ancien camarade de Séminaire, demeurant à Quimper, mieux à même que lui de se rendre à la bibliothèque municipale ou aux archives. Après plusieurs sollicitations postales, signes de la relative angoisse qui s'est emparée du vicaire face au travail qu'il doit accomplir, son ami prêtre lui répond ceci :

« Quimper, 3 mai 1912

Mon cher Noël,

J'ai, tout d'abord, à te prier de m'excuser de t'avoir fait attendre si longtemps. Je dois cependant, à la vérité, d'avouer que je n'ai nullement perdu de vue ta première lettre, et qu'à mes moments de loisir, j'ai fait des fouilles 1°) aux archives départementales ; 2°) à la bibliothèque de la ville ; 3°) à l'évêché. Je suis obligé, à mon grand regret, de reconnaître que le résultat de mes recherches est bien mince ! C'est, trop souvent, à cette sorte de déception qu'il faut s'attendre quand il s'agit de documents historiques sur des faits peu connus ou des coins à peu près ignorés. Une conclusion s'impose, dès maintenant : Plovan, « comme les peuples heureux », ne doit guère avoir d'histoire... du moins dans les papiers et registres de Quimper...

Aux archives et à la bibliothèque, rien ! De Mr Peyron [archiviste diocésain], je ne tiens que les renseignements suivants et il m'a dit que tu n'as pas à compter beaucoup sur d'autres éléments d'information.

a) La première chose que tu as à faire, pour être en règle, c'est de consigner sur ton cahier de paroisse les noms connus des recteurs de Plovan que tu relèveras dans les registres de la fabrique. Si tu le désires, il peut te procurer les noms de quelques recteurs antérieurs à 1600 et que tu ne trouveras pas probablement.

b) 1° Pour les monuments, consulter ton livre « Des églises du Finistère » de Mr Abgrall ; 2° la publication de Mr Duchâtelier (interrompue) sur les églises du Sud-Finistère, magnifique ouvrage dont il y a un exemplaire (en fascicules disparates) à l'évêché.

Voici quelques indications rapides :
Plovan 1°) modeste église du 16e siècle... (description...) 2°) belles ruines de la chapelle de Languido. Style de l'époque du XIIe siècle. Sur un tailloir qui se trouve à terre on peut déchiffrer l'inscription suivante : « Guillelmus canonicus et Ivo de Revesco aedificaverunt istam ecclesiam ».      

La chapelle possède une jolie rose du XVe siècle. Les piles et arcades sont du style de l'église de Pont-Croix (cf. Pont-Croix, chanoine Abgrall). Rem. Détail que j'ai omis et qui permet de dater la chapelle... Le chanoine Guillaume est indiqué comme étant attaché à la cathédrale de Quimper de 1162 à 1166 (cartulaire de la cathédrale).

Tu pourrais consulter également « le Finistère pittoresque » de Mr Toscer qui doit faire mention de Languido.

Les confrères du canton doivent, à défaut de toi-même, posséder les livres que je t'ai signalés.

Reste alors l'ensemble des vieux papiers du presbytère que tu pourras dépouiller tout à ton aise : « rien ne presse, dit Mr Peyron ; dites à Mr Jézéquel qu'il faut qu'il prenne beaucoup de temps pour mener son travail à bout... et encore, et encore, il n'est pas sûr de trouver grand chose ! Qu'il ne se déconcerte pas pour si peu ! Il est évident que – à moins de documents nouveaux – il ne découvrira rien d'extraordinaire concernant Plovan. Pour moi, je n'ai rien d'intéressant, par ailleurs, à lui communiquer, sauf les noms de quelques anciens recteurs... Mais voilà, ajouta-t-il en riant, on est jeune et on voudrait déblayer toutes les ruines pour qu'elles racontent d'elles-mêmes leur histoire. »

Tu vois, mon cher Noël, que tu n'as pas, comme on dit, à te manger les sangs et Monseigneur sera le premier à louer la sagesse de tes patientes recherches. Il suffit que tu « fasses quelque chose », comme tu l'observes toi-même, dans ta dernière lettre.

Tu pourrais, peut-être, recueillir des détails, sinon précieux et sûrs, du moins originaux et intéressants de la bouche des « vieux » de Plovan sur « la vie d'autrefois » dans la paroisse, peut-être même quelques anecdotes concernant la Révolution...

Enfin, voici la réponse à la question : différentes formes de paroisse... Je te la donne, d'après le Dictionnaire historique des mœurs et coutumes de la France (Chéruel) cf. au mot : clergé.
 
« … Dès le IVe siècle, les grandes villes avaient plusieurs églises, et dans chacune un prêtre chargé d'instruire le peuple. Bientôt on bâtit des oratoires dans les campagnes. Tel fut le commencement des cures et des paroisses. Dans l'origine, les prêtres qui en furent chargés portaient le nom de cardinaux, quand ils y étaient nommés définitivement. Ce fut, seulement, au XIIe siècle qu'on commença à les nommer curés, parce que le soin (cura) des âmes leur était confié. C'étaient autant de petits évêques : … ils pouvaient dire des messes, prêcher et même baptiser aux jours solennels. Ces droits ne furent accordés qu'aux titres principaux ou églises archipresbytérales, qu'on appelait à cette époque plebes. Le prêtre qui les administrait était quelquefois désigné sous le nom de plebanus. De ces églises principales dépendaient des cures inférieures ou oratoires, qu'on a appelées plus tard succursales... »

Donc, « une paroisse est une circonscription territoriale, dans laquelle un curé ou un desservant (recteur chez nous) exerce le ministère sacerdotal : les premières s'appellent cures et les secondes succursales. » Plovan a-t-il été jadis cure, ou simplement succursale, ou bien l'une d'abord et l'autre ensuite, il me semble qu'on ne demande pas autre chose et les anciens registres te renseigneront amplement.

Et maintenant, mon cher Noël, je te quitte, tout confus de ne pouvoir te fournir une documentation plus abondante et plus vivante, heureux pourtant si j'ai pu te rendre le plus léger service.

Je garde de toi, de nos années en commun au Séminaire, le meilleur souvenir et je te donne, en terminant, rendez-vous près de Jésus et Marie.

Bien cordialement à toi en N. S. [Notre Seigneur]

Ed Mesguen   
prêtre

P. S. : mes respects, s'il te plaît, à Mr Maréchal que j'ai eu le plaisir de connaître quand il était vicaire à Moëlan. »
 
L'auteur de la lettre, Édouard Mesguen (1880-1956), ordonné prêtre la même année que Jézéquel, est alors professeur à l'école Saint-Yves de Quimper. Esprit cultivé, raison pour laquelle notre vicaire de Plovan a jugé bon de lui écrire, Mesguen est appelé à connaître une belle carrière ecclésiastique : après Quimper (1905-1913), il part enseigner l'histoire au collège de Lesneven (1914-1920), prend la direction, à son retour de la guerre, du collège Notre-Dame du Kreisker à Saint-Pol-de-Léon (1920-1932), années au cours desquelles il entre au chapitre cathédral (1923), puis devient curé archiprêtre de la cathédrale de Quimper (1932-1934) avant finalement d'être sacré évêque de Poitiers en 1934.


Portait de Mgr Édouard Mesguen en 1934

 


Mgr Édouard Mesguen le jour de son sacre à Quimper, le 22 février 1934, entouré de Mgr Adolphe Duparc, évêque de Quimper et Léon (à gauche), et d'Auguste Cogneau, son évêque auxiliaire (à droite)

 
Le vicaire de Plovan n'aura pas l'heur de suivre le brillant parcours de son condisciple. Lorsqu'il quitte Plovan en août 1914, Noël Jézéquel, qui ne s'est pas fait prier pour suivre le conseil du vieux chanoine Paul Peyron (1842-1920) – « qu'il prenne beaucoup de temps pour mener son travail à bout » –, laisse derrière lui un travail historique en chantier. Peut-être pense-t-il revenir à Plovan une fois les hostilités finies. La guerre en décide autrement. Après avoir été placé, au début du conflit, comme prêtre auxiliaire à Plozévet puis à Plouhinec, il est mobilisé en qualité d'infirmier militaire. Le recteur Maréchal retrace la suite de son parcours dans son journal :

 « Dès octobre 1914, Mr le vicaire avait été appelé à Brest comme infirmier de l'armée, auxiliaire. Ensuite il a été versé dans le service actif, à Mantes puis sur le front dans une ambulance. Le mardi 3 avril 1917, Mr le recteur reçoit de l'armée la lettre suivante :

« Le 27 mars 1917,

Mon cher ami,   

J'ai le regret de t'annoncer la mort de ton ancien vicaire Noël Jézéquel. Il a été atteint, le 24 mars, par un obus tombé sur son ambulance, installée au collège St Charles de Chauny. Il avait trois perforations de l'intestin et a succombé, hier 26 mars, à ses blessures.

Il est mort dans les sentiments les plus édifiants, après avoir reçu les sacrements de l'Eglise.

Il a été l'objet de la citation suivante : « Jézéquel Noël, Laurent, soldat de 2e classe, ambulance 2/61. Bon infirmier, courageux et dévoué, a été très grièvement blessé en service, au cours du bombardement de l'ambulance 2/61, le 24 mars 1917. »

Je ne me rappelle pas au juste la paroisse d'origine de Jézéquel. Voudrais-tu prévenir le recteur de cette paroisse et la famille ?

Jézéquel est enterré dans le cimetière communal de Chauny.

Bien à toi en N. S.

Adolphe Bellec, aumônier. »

Mr Jézéquel avait 38 ans, était prêtre depuis 11 ans et avait été nommé vicaire de Plovan le 3 février 1909. Requiescat in pace ! Nous chantons son enterrement à Plovan le jeudi 19 avril. »

La guerre prive ainsi Plovan de son apprenti historien. Guère plus versé dans les études historiques que son défunt vicaire, Jean-Marie Maréchal ne s'emploie pas à achever la notice historique entamée par Noël Jézéquel. Tout juste se contente-t-il d'ajouter, après 1928, quelques lignes concernant la chapelle de Languidou. Du plan imposé par le diocèse, seul le premier point (« description topologique ») a finalement été traité !

 
II – Un texte inédit, entre histoire et tradition orale

Voici la transcription des sept pages manuscrites, formant l'embryon de notice historique de la paroisse de Plovan :
 
« Partie historique
I. La paroisse
1. Description topologique – Limites, division ancienne en trèves, cordelées ou fréries. Nomenclature des villages, des cours d'eaux, des moulins, des manoirs. – Productions : aperçu sur l'industrie ou l'agriculture. – Curiosités naturelles – Monuments mégalithiques : dolmens, menhirs, etc. Traces de l'occupation romaine : camps, villas et bains.
 
(a) Limites.
La paroisse de Plovan est bornée au nord par Pouldreuzic, au sud par Tréogat, à l'est par Tréogat et Peumerit, à l'ouest par l'océan Atlantique.
 
(b) Nomenclature des villages.
1° Du côté de la mer, au bas de la paroisse, nous rencontrons les villages suivants : Brénévelec, Kergalen, Cruguen, Crumuny, Pratbolc'h, Kersthéphan, Ruveïn, Guellen, Palud, Nizélec, Kergüen, Stank-liou, Kerguelen, Kervardès, Palud, Palud-Trébanec, Trébanec, Kerlaben, Kervon, Ty-Tossel, Gronvel, Kergolastre, Cornlan, Kergurun-Vian, Lesvez, Kergu Kersthephan-Vian, Kergurun-Vras, Cotty, Crugou, Kerléouguy, Pompouillec, Renongard-Vian, Renongard-Vras, Kergoff, Toulancavel, Fouillic, Trébanec huela, Secret [sic], Kerdrezec, Viny, Keroualen, Kerouintin, Kernevez, Lestreguellé-Vian, Kerevet, Ty-Corn, Kerliven, Prat-ar-Groès, Mindévet, Tréménec, Ty-an-Traon.
2° Au haut de la paroisse : Kerbroher, Kervizon, Kerautret, Keryanou, Lestreguellé, Keryéré Névez, Penfrajou, Keryéré an Traon, Keryéré-al-Laë, Kervouyen, Sent, Kergroës, Cudennec, Lesnarvor, Pencleuziou, Kerzouron-Vras, Kerzouron-Vian, Kerlavantec, Kerneulc'h, Papérès, Charnellou, Pont-Dévet, Keryouen, Trusquennec, Pontécrez, Brémel, Meil-ar-Moan, Ty-Broc'h, Land-Guido-al-Laë, Croas-Pilo, Trefrank, Brezigon, Kergua, Lavanet Bras, Lavanet-Bian, Kerscaven, Pond-Land, Ty-Land, Tynancien, Kerviel, Kerglobe, Keryan, Lannouris, Meil-Herry, Land-Guido-an-Traon, Roz, Kerdrubuill, Ramage, Keruen.
Le bourg.
 
(c) Cours d'eaux et étangs.
La paroisse de Plovan possède six étangs au bord de la grève et qui ne sont séparés de la mer que par un banc de galets.
1° Le plus considérable de ces étangs est celui de Kergalen. Il occupe une soixantaine d'hectares. Cet étang est appelé vulgairement loc'h Cassard. Il y a une trentaine d'année, M. Cassard entreprit de dessécher cet étang. Il y réussit du moins en partie et y cultiva des légumes.
Aujourd'hui les tuyaux qui servaient à dessécher l'étang sont complètement détruits, de sorte que les eaux stationnent de nouveau.
L'étang de Kergalen est alimenté par la rivière de St Quido. Cette rivière sépare la paroisse de Plovan de celle de Tréogat et de Peumeurit. De l'autre coté de cette rivière, Plovan possède les deux villages de Kerjean. Ces deux villages dépendaient autrefois de la paroisse de Tréogat. Mais en temps d'épidémie, le desservant de Tréogat refusa d'administrer ses ouailles. Celles-ci s'adressèrent au clergé de Plovan qui se mit à leur disposition. Depuis lors, les habitants de ces deux villages ont continué à demander au clergé de cette paroisse le secours des sacrements et en sont les paroissiens. L'étang de Kergalen et le ruisseau de St Quido avec toute sa vallée jusqu'à une certaine distance au delà de la chapelle devait former autrefois un bras de mer. Ce bras de mer s'appelait l'Arvor. Il a donné son nom au vieux manoir de Lesnarvor. Depuis la construction de la chapelle, on l'a appelé la rivière de St Quido.
Le port de St Quido semble avoir été très fréquenté : ce qui en rend témoignage c'est l'existence d'un vieux chemin qui va directement de St Quido à Pouldavid. Les deux ports de Douarnenez et de St Quido paraissent donc avoir été en relation l'un avec l'autre.
On a trouvé des anneaux dans les rochers qui bordent cette vallée. Ces anneaux devaient servir à attacher les bateaux.
Aujourd'hui les galets empêchent la mer de pénétrer dans la rivière de St Quido, d'arriver jusqu'à la chapelle. On ne sait au juste à quelle date s'est formé ce rempart de galets qui arrête la mer. On raconte
[blanc]
2° L'étang du Guellen est alimenté par le Vouës qui a donné son nom à Lesvez.
3° L'étang de Kerguen est alimenté par le Guellé qui a donné son nom au village de Lestréguellé.
4° L'étang de Kervardès est alimenté par la source puissante du village de Kernevez.
5° L'étang de Feunteun-Vero est alimenté par une fontaine du même jour et qui est aussi très puissante.
6° L'étang de Penhors est alimenté par le ruisseau appelé Lau qui sépare Plovan de Pouldreuzic.
Tous ces étangs jettent leurs eaux à travers dans l'océan à travers les galets.
 
(d) Moulins et manoirs.
La paroisse de Plovan possède deux moulins à eau : le moulin de Meil-Herry et le moulin de Meil-Poul-Land et les moulins à vent de Land-Guido, Kerautret, Lesvez, Pompouillec.
Les manoirs occupés aujourd'hui par des cultivateurs sont les manoirs de Tréménec, de Kerguelen-Vras, de Lesnarvor.
Ces manoirs sont d'un style assez modeste.
 
(e) Production : aperçu sur l'industrie et sur l'agriculture.
À Plovan, on cultive le blé (froment, seigle, orge), la pomme de terre et les petits pois. Cette dernière culture est une très grande ressource pour la paroisse.
Au nord de À l'est de la paroisse, il y a des villages qui ont beaucoup de pommiers : ils font certaines année[s] une certaine quantité de barriques de cidres.
 
 
(d) Curiosités naturelles. – Monuments mégalithiques : dolmens, menhirs, etc. – Traces de l'occupation romaine : camps, villas et bains.
Plovan possède quelques monuments druidiques. Le plus célèbre est le tumulus de Crugou. C'est un amoncellement de terre sous lequel il y a une galerie faite de grosses pierres plates. C'est là probablement qu'on exécutait les criminels. C'est là qu'on pendait les coupables. Aussi le nom du village porte le nom de Crugou, Crougou, Crouga qui veut dire pendre.
Plovan possède à marée basse une magnifique plage couverte de sable fin.
Un fait curieux a été constaté il y a quelques années : à marée basse, le sable qui couvre la plage, ayant été enlevé par la mer, on a vu devant le village de Kervardes, l'autre coté des galets, un chemin allant droit à la mer. Les ornières étaient très apparentes, on a rencontré des vestiges de fossé sur lesquels il y avait des souches d'arbres noircies mais encore bien conservées.
Un énorme ban de galets longeant toute la côte protège la terre contre les hautes marées.
Languido
La chapelle de Land-Guido
Le style de la chapelle en ruines de Land-Guido est celui de l'époque du XII siècle. Sur un tailloir qui se trouve à terre on peut déchiffrer l'inscription suivante : « Guillelmus canonicus et Ivo de Revesco aedificaverunt istam ecclesiam ».
La chapelle possède une jolie rose Le chanoine Guillaume est indiqué comme étant attaché à la cathédrale de Quimper de 1162 à 1166 (cartulaire de la cathédrale
La chapelle possède une jolie rosace du XVe siècle. Les piles colonnes et les arcades sont du style de l'église de Pont-Croix. Cette chapelle est classée comme monument historique.
La chapelle de Land-Guido doit être une des premières églises bâties dans ce coin de terre.
 
Cette chapelle a du être une église de monastère : à 150 mètres ou à 200 de la chapelle, on a trouvé dans une garenne les ruines d'une petite chapelle ou cellule et qui s'appelle Penity c'est-à-dire ti-Pinijen. Les anciens monastère possédaient de ces cellules isolés, destinés à loger soit des coupables ou des reclus volontaires.
Cette église a été bâtie probablement par des moines venus de la Grande Bretagne.
La tradition raconte que dans un temps bien plus rapproché de nous que son origine, l'église de Land-Guido desservait Tréguennec, Tréogat et Plovan : on trouve encore les traces d'un vieux chemin qui va pour ainsi dire directement de Land-Guido au vieux bourg de Tréguennec en traversant la paroisse de Tréogat.
[complément de la main du recteur Maréchal :]
Dans les temps anciens, Languido devait être baigné par la mer. Les prairies qui se trouvent entre Tréogat et Plovan étaient le lit d'une rivière. Et la mer devait monter jusqu'à Lesnarvor. Ce sont les galets et le sable de la mer qui ont fermé l'entrée de la rivière devant l'étang de Kergalan. M. l'abbé Cabillic, de Plouhinec, vicaire à Marseille, me disait (en 1928) que les navires de Poulgoazec lorsqu'ils viennent à la pêche devant Plovan, appellent toujours ce lieu de pêche « Porz-Quido » – donc dans le temps, à Languido, il y avait un port – et il me disait aussi que son père, navigateur, a vue des cartes de marine, où le port et la rivière de Languido était [sic] bien marqués. »
 
*
 
Ici s'achève cette amorce d'histoire de Plovan composée par Noël Jézéquel vers 1912-1914. Si on se livre à un rapide commentaire de son travail, on ne peut que regretter son caractère inachevé. Tout d'abord, il serait injuste de lui tenir rigueur d'une série d'affirmations (sur la datation des ruines de Languidou ; sur l'association des mégalithes et des druides...) que l'on sait aujourd'hui périmées mais qui ne sont que le reflet des certitudes historiques des années 1910. Rappelons modestement qu'il en sera probablement de même de nos propres certitudes d'ici à 2117 ! L'intérêt du travail de Jézéquel réside à nos yeux surtout dans le travail de collecte de traditions orales alors en vigueur : sur le prétendu port de Languidou (qui n'a, à notre humble avis, jamais existé, ou n'a été tout au plus qu'un petit havre d'échouage) ; sur les noms donnés aux ruisseaux traversant la commune ; sur l'origine du lien entre le village de Kerjean et la paroisse de Plovan ; sur l'étymologie (inexacte !) du nom du village du Crugou ; sur l'entreprise d'assèchement de l'étang de Kergalan par Jean-Baptiste Cassard dans les années 1880, etc.

Il ne dit rien de l'identité de ses sources, usant à foison des pronoms indéfinis et des formules vagues : «  on a trouvé... », «  on raconte... », « la tradition raconte... ». D'après le recensement de 1911, Plovan ne comptait alors qu'une poignée d'anciens (4 octogénaires et 31 septuagénaires, pour une population de 1 587 habitants). Nés dans les années 1830 et 1840, ils ont pu connaître dans leur enfance des hommes et des femmes nés dans la seconde moitié du XVIIIe siècle...! Est-ce cette mémoire qu'on touche un peu du doigt dans le travail de Jézéquel ? On ne peut que regretter qu'il n'ait pas poussé sa démarche plus loin.
 
*
 
*           *
 
Lorsqu'au début des années 1930, Henri Pérennès s'intéresse à son tour à l'histoire de la paroisse afin d'écrire la monographie que lui a commandé le recteur Maréchal, Plovan et sa chapelle de Languidou, il ne s'appuie pas sur la tradition orale locale. Vingt ans sont passés depuis la rédaction de la notice inachevée de Jézéquel et les témoins qu'il avait interrogés ont rejoint leur créateur, emportant avec eux des histoires plus ou moins légendaires attachées à leur terre natale. La démarche des deux hommes n'est véritablement pas la même : d'un côté, Jézéquel, historien contraint, faisant appel, pour autant qu'on puisse en juger et peut-être faute de mieux, à une culture orale et populaire ; de l'autre, Pérennès, historien plus chevronné, rompu à l'art de transcrire les documents d'archives et à l'analyse des vieilles pierres, incarnation d'une culture dite savante. Certains coins de Bretagne ont eu la chance d'attirer, parfois dès les années 1810 et jusqu'à une période récente, des collecteurs de mémoires (histoires, chants, légendes, contes...), d'abord aristocrates (Barbe-Émilie de Saint-Prix, Joseph-François de Kergariou, Théodore Hersart de La Villemarqué, Jean-Marie de Penguern...), parfois hommes d'Église (François Cadic, Jean-Marie Perrot, Henri Guillerm...). Hormis le modeste travail de l'abbé Jézéquel, ce ne fut pas le cas à Plovan. Qui pouvait se douter qu'en lançant une vaste collecte de témoignages oraux sur les écoles de la commune, l'Association du Patrimoine renouait avec une tradition initiée cent ans auparavant  par un historien précurseur qui s'ignorait ?
  
Mathieu GLAZ

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